‹ Chefs-d'œuvre dramatiques (volume 2)Chapitre 76 sur 233 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

CÉLIANTE.

Traître, de mes vertus tu fais un beau trophée!

S'il dit vrai , je suis folle et co(]uette fieffée.

l'our folle, je le suis, puisque j'ai pu l'aimer.

Mais quoi! n'est-il pas fait pour plaire et pour charmer?

Cela n'est que trop vrai , c'est ce qui me désole :

Si je l'ai tant aimé , je ne suis donc pas folle.

Pour coquette, voyons, le suis-je? Franchement,

Ce qu'il dit là-dessus n'est pas sans fondement .

Je le sens; mais, au fond, est-ce un reproche à faire?

Quoi! peut-on être femme, et ne pas vouloir plaire?

Toute femme est coquette , ou par raffinement,

Ou par ambition, ou par tempérament.

Je suis, ajoute-t-il , inquiète , envieuse.

J'ai fjrand tort d'enrager de voir ma sonir heureuse.

Et, moin^ bidle que moi, posséder un épou"c

Qui ne devait jamais iialancer entre nous!

J'ai de l'oi jjueil? l.h bien ! suis-je si criminelle?

Peut-on n'être pas fièie, et savoir qu'on est belle?

Je suis indiscrète? Oui, quelque chose à peu près:

Mais mon sexe est-il fait pour garder des secrets?

Enfin , je suis bizarre et d'un capiice extrême ?

Eieu n'est plus ennuyeux qu'être toujours la même.

Ainsi, mon.sieur Damon , tout pesé comme il faut,

Vous êtes un menteur, et je n'ai nul défaut.

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