‹ Chefs-d'œuvre dramatiques (volume 2)Chapitre 79 sur 233 · livre · texte numérisé non relu

livre

Ah! monsieur, vous voilà? Je m'en vais vous apprendre Des choses qui devront sans doute vous sur[)renvlre.

( Elle rrie haut. ) Votre Femme...

AT. ISTE

Eh ! mon Dieu! laissons ce titre-là.

Nous sommes si souvent couveuus de cela.

CÉLI ANTE

Ah ! trêve, s'il vous plaît, à la délicatesse.

Si pour moi d'un mari vous avez la tendresse, Vous devez...

ARISTE

D'un mari! C'est fort bien commencé.

De grâce, que ce mot ne soit plus prononcé. Mais de quoi s'agit-il ? Sur quelque bagatelle Sans doute vous venez d'avoir une querelle?

Bagatelle, monsieur!

CÉLI ANTE

Bagatelle est fort bon !

Ariste, puisqu'il faut vous nommer de ce nom, Vous saurez que ma sœur...

CÉLI AÏS TE.

Apprenez que Mélite...

A II ts T E.

Oh! vous avez raison toutes deux.

M ÉLITE

Il m'irrite Par son sang froid.

CÉLIANTE.

Raillez un peu plus à pro[ios.

Il s'agit...

Il s'agit (|uc Ton vive en repos.

ACTF. M, .S(JEM-. V. i,>

Je n'exaniiiic |ioiiit le tond de la querelle ; Un éclaircissement sou\ent la renouvelle. Mais, pour l'amour de moi, demandez-vous pardon.

CÉLIAXTK.

Moi, qu'elle veut contraindre à quitter la maison?

AR ISTE

Avez-vous pu, Mélite, avoir cette pensée?

Pouvez-vous m'en blâmer, lorsque j'y suis forcée?

A RISTE.

Et par qui '^

M ÉLITE

Par ma sœur. Elle ose s'oublier.

Kl vaut moi, jusqu'au point de vous injurier.

A RISTE.

Si ce n'est que cela, remettez-vous, mesdames: Je ne m'offense point des injures des femmes.

MÉLITE

Vous nous traitez, monsieur, avec bien du mépris!

CÉ LIANTE

Ees femmes valent bien messieurs les beaux-esprits.

Rien n'est dijine de vous, s'il n'est pris dans un livre.

CÉLIANTE.

Fréquentez notre sexe, et vous saurez mieu.K vivre.

ARISTE

Me voilà bien ! C'est moi qu'on querelle à présent. Quoi ! vous me prenez donc pour un mauvais plaisant? Si je passe aisément les injures des femmes, Je déclare (pie c'est par respect pour les dames.

!\'e vous regardez plus d'un œil si courroucé, Et dites-mof comment l'affaire a commencé.

M É L I T E , après avoir un peu rêvé. Demandez-le à ma sœur.

CÉHANTE.

Non ; dites-le vous-même.

Je ne m'en souviens pas.

CÉLIANTE.

Ni moi.

ARISTE

Bon ; ce problème Ne m'embarrasse plus. Le fait est clair. Je voi Que vous vous querellez, et ne savez pourquoi. Ainsi donc je conclus en fort peu de paroles Qu'il faut faire la paix, ou que vous êtes folles.

MÉLIT E.

Vous pourriez nous parler en des termes plus doux.

CÉHANTE, vivement.

La plus folle des deux est plus sage (jue vous.

ARISTE

Oh bien ! querellez donc, si cela peut vous plaire.

c É L I A N T E , gravement.

Je querelle , monsieur, quand je suis en colère. Mais de sang froid , jamais.

ARISTE

Ma foi , vous avez torl; Car vos vivacités me divertissoient fort : L'une et l'autre y mettoit tant d'esprit, tant de grâces.. Allons, ranimez- vous êtes-vous déjà lasses?

Page 1