ACTE III, SCENE III. i
« Je ne puis vous aimer, la chose est assurée ;
« Mais ma sœur, plus aimable et plus belle que moi,
« Sans doute recevroit vos vœux et votre foi.
» Si vous voulez me plaire, offrez-lui l'un et l'autre ;
« Demandez-lui son cœur, et donnez-lui le vôtre :
1' Son mérite éclatant bientôt vous charmera ,
" Et de votre mémoire enfin me bannira.
« J'exige cet effet de votre complaisance ;
« Sinon, je vous défends pour jamais ma présence. »
ARISTE
Mais vraiment ce discours étoit plein de raison.
LE MARQUIS, vivement.
\'()S applaudissements sont fort peu de saison.
ARISTE
Enfin que fîtes-vous?
LE MARQUIS
Je devins en furie De voir que l'on m'eût fait cette supercherie. Ce n'est pas tout encor.
ARISTE
Quoi ! pas tout, dites-vous?
Que fait-elle de plus?
Elle me rend jaloux.
ARISTE
Kt de qui?
LE MARQUIS
Je ne sais. Mais enfin la cruelle M'a juré qu'elle aimoit ailleurs. Jamais, dit-elle. Rien ne pourra ravir son estime et son cœur
i46 LE PHILOSOPHE MARIÉ.
A celui qu'eu secret elle en rem! possesseur.
ARISTE, à Mclitc.
Avez-vous dit cela?
Je ne puis m'en défendre :
Oui, j'aime, et j'aimerai.
ARISTE, au manjuis.
Je ne saurois comprendre Que vous l'aimiez encore après de tels aveux, Vous dont mille beautés en vain briguent les vœux.
LE MARQUIS
D'un cœur rebelle et fier l'ordinaire supplice, C'est qu'il aime à la fin , et que l'on le haïsse. Mais si d'elle, une fois , je puis me dégager, Par les plus durs mépris je prétends me venger.
ARISTE
Hâtez-vous , croyez-moi.
J'aime qu'on me méprise.
LE MARQUIS
Morbleu!... Mais j'ai tout dit : imitez ma franchise. Aciste, est-ce pour vous que je suis maltraité?
ARISTE
Je vous laisse avec elle en pleine liberté. Voyez si vos efforts pourront en mon absence Attirer plus d'égards et de reconnoissance. Vous voulez l'épouser. Je vous jure d'honneur Que, si cela se peut, j'y consens de bon cœur. Mais je connois Mélite; et si quelqu'un possède