ACTE IV, SCÈNE fi i
LA RAMÉE
Ecoutez, monsieur Pincé: si c'est pour le devin , j'ai un bon avis à vous donner. Gomme il est sorcier, les diables le régalent souvent au sabbat. Son palais est accoutumé à leurs ragoûts. Nous aurons de la peine à les imiter. Pour moi, je crois que le meilleur moyen d'y réussir, c'est de mettre un peu de soufre dans les sauces qu'on fera pour lui.
M. PINCÉ
Ce sorcier est une créature compliquée, un animal amphibie, une personne de deux espèces ; mais il boit et mange comme un autre homme.
LA RAMÉE
Selon ce que vous dites , il devroit boire et manger comme deux.
M. pincé.
La réflexion n'est pas inepte.
la ramée, à part.
Inepte? Je crois qu'il parle latin.
Car l'homme dont il s'agit est un homme double. ( riant. ) Hé , hé , hé , hé !
LA RAMÉE
Un homme double !
M. PINCÉ
Il est marié, et il n'est pas marié; il a une
ï74 LE TAMBOUR NOCTURNE,
longue barbe, et il n'a point de barbe ; il est vieux, et il est jeune.
LA RAMÉE
Mordié ! que cela est beau ! Un homme vieux et jeun»3Î
M. PINCÉ
Va , va , je t'expliquerai bientôt tout cela, et tu le comprendras facilement... ( La Ramée fait quelques pas pour s'en aller, et M. Pincé le rappelle.) Ghit, chit, écoute. Ne manque pas d'avertir Susanne de mettre deux oreillers sur le chevet du lit de madame.
la ramée, revenant.
Deux oreillers ! Est-ce qu'elle est devenue double aussi ?
M. pincé.
Fais ce que je te dis.... {entendant venir madame Caiau.) Mais j'entends la voix de madame Catau... Je crois qu'elle gronde la cuisinière.
LA RAMÉE
Je m'en vais donc , car j'aurois bientôt mon tour... ((7 part.) Oh ! pour celle-là, elle parle bon françois; on ne perd pas un mot de tout ce qu'elle dit. {Il sort.)