ACTE V, SCÈNE VI. 2i
m'avoit été fort recommandé par des personnes d'un haut rang. Il a de la naissance , et il doit être un jour puissamment riche.
le baron, h part.
Je suis perdu. ..(h la baronne.) De sorte, donc, que vous l'aimiez?
LA BARONNE
Au contraire, je le méprisois. J'ai trouvé qu'il n'aimoit que mon bien, qu'il n'avoit point de sentiments, qu'il étoit libertin, insolent , présomptueux, et, qui pis est, qu'il avoit de très mauvais principes. Jugez s'il pouvoit me plaire, puisque l'homme du monde le plus parfait ne pourroit me déterminer à prendre de nouveaux engagements.
Mme catau, a part.
Nous verrons.
LE BARON
Dans tout ce que vous venez de me dire , madame, je ne vois rien qui doive troubler le repos de feu monsieur le baron.
LA BARONNE
Ah! s'il pouvoit connoîtrece qui se passe dans mon cœur, qu'il seroit satisfait du respect et de l'amour que je conserverai toute ma vie pour sa mémoire ! Mais aussi,jamais époux Part-il mieux mérité que lui ? C'étoit l'honneur, la probité, la
2i4 LE TAMBOUR NOCTURNE,
sincérité même. Sa bonté, sa douceur, sa complaisance, ne se sont jamais démenties un seul moment. Il avoit pour moi le plus tendre et le plus fidèle attachement... Sa vie lui étoit moins précieuse que la mienne ; j'en étois sûre, et j'en avois mille preuves... (sentant des larmes s'échapper de ses jeux. ) Mes larmes et ma douleur ne me permettent pas d'en dire davantage.
le baron, à part.
Je n'y puis plus tenir, et j'ai peur de me découvrir avant qu'il en soit temps!..(à/# baronne.) Madame... cela suffit. Vous pouvez présentement vous retirer: il faut absolument que je sois seul.
Je prie le ciel de seconder votre entreprise.
LE BARON
Et je le conjure d'exaucer tous vos vœux.