ACTE II, SCÈNE II
Que la vieille marquise a pris du goût pouf moi , Et m'envoie à son fils , qui , com me elle , je croi , Prévenu par la lettre en ma faveur écrite , Ne balancera pas à goûter mon mérite.
Lisette, lui faisant la révérence.
Oh ! je n'en doute point.
PASQUiN, dun ton fier.
Et vous avez raison.
LISETTE
Recevez cependant une utile leçon, Et sachez ce que c'est que votre nouveau maître : Tout ce que l'on n'est point, il se pique de l'être ; Homme particulier dans ses opinions, Comme dans ses discours et dans ses actions.
pasquin!
C'est un original, je l'ai su par sa mère ; Et j'ai dressé mon plan suivant son caractère.
LISETTE
C'est un homme, en un mot, qui ne ressemble à rien.
PASQ UIN.
Tout étrange qu'il est, je trouverai moyen
De m'attirer bientôt toute sa confiance.
Gouverner les esprits est ma grande science;
C'est mon fort. Propre à tout, j'entre dans tous les goûts;
Et je sais, comme on dit, hurler avec les loups.
Mes talents à vos yeux vont tout d'un coup paroître.
Ici dans un moment vous verrez mon vrai maître.
LISETTE
Comment entrera-t-il ? Le portier de céans
Est un diable.
PASQUIN
Il est vrai. Mais vingt louis comptants , Et vingt autres promis, le rendant plus traitable, J'ai trouvé le moyen d'apprivoiser le diable : J'en ai fait un mouton. Et mon entrée ici Pour le comte d'Arbois a déjà réussi.
LISETTE
C'est débuter pour lui par un beau coup d'adresse.
PASQUIN
Mais il n'est pas le seul pour qui je m'intéresse.
LISETTE
Et pour qui donc encor ?
PASQUIN
Pour sa charmante sœur ; Et je veux prévenir Sanspair en sa faveur: J'en ai l'ordre secret. A l'insu de leur père , Je viens ici servir et la sœur et le frère.
LISETTE
Et que veut cette sœur à monsieur de Sanspair ?
Le mystère est profond; s'il étoit découvert, Cela dérangeroit des mesures secrètes, Qu'on ne peut confier qu'à des filles discrètes.
LISETTE
Vous ne comptez donc pas sur ma discrétion ?
PASQUIN
Pas encor tout-à-fait. Mais mon intention
Est de faire avec vous plus ample connoissance.
Différons jusque-là l'entière confidence.