ACTE II, SCÈNE
Mon maître met à part cent mille francs, au moins. Outre qu'il est très riche, il garde un si grand ordre, Que sur ses revenus personne ne peut mordre. Il rit de nos seigneurs, qui, faisant les fendants, Laissent régner chez eux messieurs les intendants, Et leur donnent le droit de les mettre au pillage.
On le traite de fou; moi, je dis qu'il est sage :
Se passer d'intendant, c'est l'être au dernier point.
En se volant soi-même on ne s'appauvrit point.
GORJD.
Bien dit.
PASQUIN
Sa garde-robe est-elle magnifique ?
GORJU
Point du tout, car il est amoureux de l'antique.
Bien loin de se régler sur les modes du temps,
Celle dont il se pare a, du moins, cinquante ans.
Ses poches sont en long, ses perruques crêpées.
Les hommes d'aujourd'hui lui semblent des poupées.
Il aime un habit simple et plein de gravité.
Mais ce qui prouve mieux sa singularité,
Cet homme simple , uni, veut que ses domestiques
Soient tous, selon leur ordre, en habits magnifiques;
Que la mode sur-tout les fasse bien briller :
Dès qu'il en paroît une, il nous fait habiller;
Vous en pouvez juger par l'habit que je porte ;
Il est fort au-dessus d'un homme de ma sorte.
Il vous sied à ravir.
f-ORJU.
Oh ! votre serviteur.
PASQUIN
Je vous ai pris d'abord pour un petit seigneur.
GORJU
J'en ai , sans me vanter, et le port et l'allure. Mais chut! Voici monsieur.
pasquin, à part.
O la bonne figure !