LA COMTESSE, JULIE, LISETTE
LA COMTESSE
Je ne m'étonne plus si mon frère vous aime.
JULIE
Le croyez- vous, madame?
LA COMTESSE
Et j'en suis sûre même.
JULIE
Vous êtes obligeante.
LA COMTESSE
Et sincère.
JULIE
Entre nous , De son penchant pour moi quelle preuve avez- vous?
LA COMTESSE
Quelle preuve? Il refuse un parti très sortable, Fille puissamment riche, et même assez aimable: Mon père en est outré, sans avoir deviné La cause d'où provient ce refus obstiné. Pour moi, je la savois, et l'ai si bien cachée...
JULIE
Votre frère m'a plu; je lui suis attachée;
Je crois lui plaire aussi : mais, par ce que j'apprends,.
Pour traverser nos vœux nous avons deux tyrans.
Il cédera peut-être au pouvoir de son père :
Ma mère m'a soumise à celui de mon frère ,
Qui me destine un sot que je hais à la mort. Des plus tendres amants voilà quel est le sort! Toujours leur passion trouve un injuste obstacle; Et, pour les rendre heureux, il faut quelque miracle.