ACTE 111, SCENE VI. 2*j
LA COMTESSE
Je crois le bien connoître.
JULIE
Mon frère n'est pas tel que vous vous le peignez. Lui , la sagesse même ! Ah î bon Dieu ! vous craignez De vous ouvrir à moi sur ses bizarreries, Mais je sais qu'on en fait mille plaisanteries.
LA COMTESSE
Je le sais comme vous; et je sais bien aussi Que l'on a très grand tort. Mais, n'est-il pas ici? Je voudrois lui parler. Vous êtes interdite?
JULIE
Oui , madame, il est vrai. Vous, lui faire visite? Vous m'étonnez.
LA COMTESSE
Pourquoi?
JULIE
Les femmes lui font peur.
LA COMTESSE
Si nous lui déplaisons, c'est pour nous un malheur. Mais il a mon portrait, on vient de me l'apprendre; Et je viens le prier de vouloir me le rendre.
Il a votre portrait? Rien n'est plus surprenant. Eh! comment l'a-t-il eu?
LA COMTESSE
Comme en me promenant J'ai perdu ce portrait sans m'en être aperçue1, Il faut que de Sanspair il ait frappé la vue,
Et de là je conclus qu'il l'aura ramassé.
JULIE
Jamais portrait si beau ne fut si mal placé: A le ravoir de lui vous n'aurez pas de peine.
la comtesse, en souriant.
Vous me mortifieriez, si j'étois assez vaine Pour croire que mes traits eussent pu le frapper.
JULIE
Lui ! d'un portrait de femme il pourroit s'occuper î D'une telle foiblesse il est très incapable, Quoiqu'il eût dû d'abord vous trouver adorable. Vos traits sont accomplis, piquants et gracieux; Mais rien de tout cela n'aura flatté ses yeux.
(considérant la comtesse.) Ah, madame!
LA COMTESSE
Quoi donc?
Que cette étoffe est belle !
LA COMTESSE
Le dessin m'en a plu; c'est la mode nouvelle. Cela coûte fort cher; mais pour me contenter Je ne regrette point ce qu'il m'en peut coûter ; Je cours au plus nouveau.
JULIE
C'est très bien fait, madame.
sanspair, à part.
Pour une philosophe elle paroît bien femme.
la comtesse, à Julie.
Et ces dentelles-ci, qu'en dites- vous?