ACTE III, SCENE VIII. Sov
LE MARQUIS
Comment! avez- vous disputé?
LA COMTESSE
Mais, oui. J'ai combattu la singularité.
LE MARQUIS
De quoi vous mêlez-vous? Chacun a sa folie. La vôtre, par exemple* est la philosophie; Toujours Locke, Leibnitz , Descartes , ou Newton; Mais songez que bientôt il faut changer de ton, Et vous raccoutumer au langage ordinaire; Car j'espère ce soir conclure notre affaire. Vous aurez un époux tout simple et tout uni , Qui d'érudition me paroît peu muni, Et qui désirera, selon toute apparence, Que tout votre savoir se borne à sa science.
( à la comtesse. ) Avez-vous ce portrait! Vous ne répondez rien !
SANSPAIR.
Etes-vous si pressé ? Vous me permettrez bien De le garder encor.
LE MARQUIS
Je ne puis le permettre ; Au marquis de Beausang je viens de le promettre.
SANSPAIR.
A Beausang?
LE MARQUIS
Oui, monsieur.
Je le lui remettrai.
3o8 L'HOMME SINGULIER.
LE MARQUIS
Quand cela, s'il vous plaît ?
SANSPAIR.
Quand je consentirai Qu'il épouse madame.
LE MARQUIS
En voici bien d'une autre!
Songez- vous?...
SANSPAIR.
Mon aveu doit confirmer le vôtre.
Beausang, vous le savez, n'est pas encor majeur; Et vous savez aussi que je suis son tuteur.
LE MARQUIS
Oui; mais des deux côtés l'affaire est convenable, Et ne sauroit manquer de vous être agréable.
SANSPAIR.
C'est selon.
LE MARQUIS
C'est selon ?
SANSPAIR.
D'abord il faut savoir Si madame y consent.
Je n'ai qu'à le vouloir, Elle y consentira.
SANSPAIR.
Par pure complaisance , Peut-être.
LE MARQUIS
Ah! je voudrois qu'elle fît résistance !