LE MARQUIS, LA COMTESSE
LE MARQUIS
Que faites-vous encore ici, je vous supplie?
LA COMTESSE
J'y viens faire, monsieur, mes adieux à Julie.
LE MARQUIS
Vous pouviez vous passer de semblables adieux, Et quelque autre raison vous attire en ces lieux.
LA COMTESSE
Je l'avoue : et, s'il faut vous parler sans mystère, Je viens la conjurer de tenir pour mon frère.
LE MARQUIS
De quoi vous mêlez- vous?
LA COMTESSE
Leur sort me fait pitié; Et j'ai cru leur devoir ces marques d'amitié.
LE MARQUIS
Cette pitié va loin ; je vois couler vos larmes.
LA COMTESSE
Du sexe dont je suis ce sont les seules armes;
Les seules que je puisse employer contre vous.
Vous ne me verrez plus. Je jure à vos genoux
Que je quitte le monde et sans trouble et sans peine
Mais mon cœur ne sauroit soutenir votre haine.
Mon père, laissez- vous désarmer par mes pleurs;
Votre haine est pour moi le comble des malheurs.
Daignez me pardonner ma désobéissance.
A vos intentions si j'ai fait résistance,
Croyez que je suis plus à plaindre qu'à blâmer.
Punissez-moi , monsieur, sans cesser de m'aimer.
LE MARQUIS
Je vous trouve indocile et désobéissante ; Mais je vous aime encore.
la comtesse, se levant avec transport.
Ah ! je suis trop contente ; Et, sans aucun regret , je cours à ma prison , Si je puis de mon frère obtenir le pardon. Accordez à mes pleurs cette grâce nouvelle.
Ne les prodiguez point pour un frère rebelle.
Je viens de lui parler. Nous touchons au moment
Qui le punira bien de son entêtement
LA COMTESSE
Je le plains, et je pars : mais souffrez, je vous prie, Qu'avant que de partir j'aille embrasser Julie ; Ensuite je viendrai vous rejoindre en ce lieu, Pour vous dire, mon père, un éternel adieu.
LE MARQUIS
Vous me faites frémir. Je suis vif et sévère, Mais j'ai toujours pour vous des entrailles de père.