ACTE V, SCÈNE IX
Soit que je me renferme, ou soit que j'obéisse , C'est vous qui me mettez dans la nécessité De me jeter dans l'une ou l'autre extrémité. Loin de vous opposer au dessein de mon père, Ce qu'un heureux hasaVd vous permettoit de faire, Vous donnez votre aveu , quand je vous fais sentir Qu'à ce cruel arrêt je ne puis consentir; Et que, loin que Beausang puisse me rendre heureuse, Une retraite obscure est pour moi moins affreuse.
sanspair.
J'ai lu dans votre cœur, je ne m'en cache pas; Mais j'ai craint le pouvoir de vos divins appas : Et j'aimois mieux vous perdre , et mourir de tristesse , Que de vous immoler la raison, la sagesse. Quelle félicité pouvoit m'en consoler?
LA COMTESSE
Eh! vous ai-je pressé de me les immoler? Penser ainsi de moi, c'est me faire un outrage. Je vous détesterois, si vous étiez moins sage. Cessez d'être excessif, et vous serez parfait : Voilà ce que j'exige; et j'en verrai l'effet, Si mes foibles appas ont sur vous quelque empire. Mais, si vous résistez à ce que je désire, Si vous balancez même à recevoir mes lois, Vous me voyez, monsieur, pour la dernière fois.
SANSPAIR.
Vos lois! Vous voulez donc agir en souveraine?
LA COMTESSE
C'est être , direz-vous , et bien haute et bien vaine. Ne vous alarmez point ? j'éprouve votre amour;
Et mon régne, monsieur, ne durera qu'un jour.
SANSPÀIR.
Qu'un jour ! Ah ! sur mon eceur vous régnerez sans cesse. Que faut-il pour vous plaire?
LA COMTESSE
Une simple promesse :
C'est un engagement si sûr de votre part, Que qui peut s'y fier ne court aucun hasard.
SANSPAIR.
Vous m'obligez, madame, et me rendez justice. Avant que de vous faire un si grand sacrifice, Je veux lire une fois au fond de votre cœur. M'aimez-vous?
LA COMTESSE
De vous seul dépend tout mon bonheur.
Ou passer avec vous le reste de ma vie, Ou renoncer à tout , c'est toute mon envie. sanspair, se jetant à ses pieds.
O bonheur trop parfait! O sagesse! ô \ertu! Laissez agir mon cœur, il a trop combattu.. Oui, madame, à vos pieds ma raison s'humilie ; Et vous méritez bien qu'on fasse une folie. Eh bien, qu'exigez- vous ?
LA COMTESSE
D'abord j'exigerai Que vous vous habilliez comme je le voudrai.
SANSPAIR.
N'allez pas me jeter dans quelque extravagance.
LA COMTESSE
Fiez-vous à mon goût sans nulle résistance.