ACTE I, SCÈNE VI
Cela m'est défendu.
clÉon, dun air fâché.
Quoi! pour moi du mystère?
Cela me pique, au moins!
FINETTE
Je n'y saurois que faire; Mais on me chasseroit.
clÉon, lui présentant une bague.
Tiens, prends ce diamant.
finette, prenant la bague.
Vous me perdez, monsieur.
Parle-moi promptement.
finette.
Le moyen avec vous de garder le silence ! J'ai le cœur si sensible à la reconnoisance!...
CLÉON
Ne me fais plus languir, et dis-moi...
finette, en pleurant.
Depuis peu..
Ma maîtresse a perdu... vingt mille écus au jeu...
CLÉON
Vingt mille écus!
finette, en sanglotant.
Autant.
CLÉON
La somme est un peu forte.
le coMte, à Finette.
Quoi ! faut-il, pour un rien, s'affliger de la sorte?
finette, pleurant.
Mais elle doit ce rien, et voudroit l'acquitter. Tous ses fonds sont placés; il faut bien emprunter... On la presse... D'ailleurs elle craint que son père Ne vienne à découvrir cette fâcheuse affaire...
{à Cléon.) J'ai fait ce que j'ai pu pour la résoudre enfin A recourir à vous dans ce mortel chagrin... « Peux- tu, m'a-t-elle dit, me parler de la sorte? « Ote-toi de mes yeux... » Vainement je l'exhorte A vous faire avertir de son besoin urgent.
Elle a, ma foi ! raison, car je n'ai point d'argent.
FINETTE
Enfin , voyant un peu sa fougue ralentie :
« Madame , ai-je ajouté , je viens d'être avertie
« Que Cléon, hier au soir, toucha cent mille écus :
« Je l'ai su de bon lieu. Craignez-vous un refus,
« Quand Cléon est nanti d'une si grosse somme?
«: Non, madame, il vous aime; il est si galant homme,
« Que pouvant vous tirer d'un cruel embarras ,
« Je gage mon honneur qu'il n'y manquera pas.
« Vous connoissez son cœur généreux, magnifique! »
CLÉON
Qu'a-t-elle répliqué?
finette, et un air mystérieux.
Rien... Je suis politique, Et je juge par-là qu'en cette occasion Vous pourriez vaincre enfin son obstination.