ACTE I, SCENE X. 3o
Je suis sec , abymé, ruiné; mais, parbleu ! J'ai deux bons appuis,
CLÉON
Quels?
LE MARQUIS
Les femmes et le jeu.
Depuis que je suis gueux, je vis dans l'abondance. Si, comme toi, j'étois au sein de l'opulence, Je me délivrerois d'un si sot embarras. Ruine-toi donc vite, et. tu m'imiteras... Que me donneras-tu pour la bonne nouvelle Que je t'apporte ici?
CLÉON
Nous verrons. Quelle est-elle?
LE MARQUIS
Tu vas être charmé.
CLÉON
De quoi donc? Dis-le-moi.
LE MARQUIS
Premièrement... je viens m'enivrer avec toi. De plus, j'amène ici nombreuse compagnie; Mais moins nombreuse encor que finement choisie.
(au comte.) Votre cousine en est.
LE COMTE
Cidalise?
Oui... Parbleu!
C'est un friand morceau!... Quel enjouement! quel feu!
J'en suis fou.
LE COMTE
(àCléon.) Je le crois... Je vous réponds d'avancé Que vous serez ravi de cette connoissance.
CLÉON
Je la connois. Ce sont les plus piquants attraits.
LE MARQUIS
Son esprit est encor plus brillant que ses traits. Du reste, cher ami, chacun de nous se flatte De faire ici grand' chère, et chère délicate. Prends donc soin d'ordonner un somptueux repas, Que le vin de Champagne, au moins, n'y manque pas. Du mousseux... J'aime à voir, dans un verre qui brille, Un vin qui porte au nez un bouquet qui pétille... Mais, qu'as-tu, mon enfant? Tu parois inquiet!
CLÉON
Oui, je le suis; ton père en est le seul sujet.
LE MARQUIS
Bon ! c'est un vieux rêveur... Est-ce que tu l écoutes?
CLÉON
Il me fait des sermons...
le marquis, l'interrompant.
Fadaises!... Tu redoutes Un censeur envieux des plaisirs que tu prends?
Mais il m'ôte ta sœur.
LE MARQUIS
Et, moi , je te la rends.
J'ai du crédit sur elle; et, malgré le bon homme,