‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 252 sur 326 · SCÈNE I. N · texte numérisé non relu

SCÈNE I. N

JULIE, FINETTE

FINETTE

Vous faussez compagnie?

JULIE

0 ciel ! quelle cohue !

Je n'y puis plus tenir.

FINETTE

Vous voilà bien émue?

JULIE

Qui ne le seroit pas? C'est un tas de joueurs, De joueuses, de fous, de libertins. Mes pleurs Auroient fait remarquer la douleur qui m'accable; Je mé suis éclipsée.

FINETTE

On n'est donc pas à table?

Non, Finette ; on attend six convives nouveaux.

FtNETTE.

Eh ! qui sont, s'il vous plaît, tous ces originaux?

JULIE

Le premier, c'est mon frère.

FINETTE

O le bon personnage !

LE DISSIPATEUR. 3g7

Je crois qu'il fait beau bruit?

JULIE

Il assomme !

FINETTE

Je gage Que la vieille Araminte est céans.

JULIE

Oui vraiment.

Elle lorgne Carton, son insipide amant, Qui se croit adorable, et qui lorgne sa bourse. Il joue , et perd toujours ; la vieille est sa ressource , Et scandaleusement se ruine pour lui.

FINETTE

A soixante ans passés !

JULIE

Pour augmenter l'eiimii , Mon frère a fait venir l'orgueilleuse Bélise, La prude Arsinoé, la jeune Cidalise, Coquette impertinente, et folle au par-dessus, Qui soutient que la mode est de ne rougir plus. Elle agace Cléon. Lui , selon sa coutume, Prend feu d'abord pour elle. On feroit un volume Des portraits singuliers de tous ceux qu'aujourd'hui Cléon se fait honneur de régaler chez lui , Sur-tout de Florimon, dont je hais la présence, Et qui ne sait briller que par son impudence.

FINETTE

Ah ! Florimon , ce gros magistrat débauché, Qui porte en un beau corps un esprit ébauché, Du Cuisinier français fait son unique livre,

Et de vin de Langon dès le matin s'enivre, Parasite ,effronté, menteur comme un laquais, Vivant toujours d'emprunt , et ne payant jamais ! Grand homme! et pour Cléon utile connoissance!

JULIE

Il vient de lui prêter deux mille écus.

FINETTE

Je pense Que Cléon devient fou.

JULIE

Depuis quelques instants , Il a distribué quinze ou vingt mille francs. Sa vanité triomphe et tient sa bourse ouverte A tous venants.

, Cet homme est tout près de sa perte.

JULIE

Il y court tant qu'il peut.

FINETTE

Ne le ménageons plus..

A propos, avez- vous touché vingt mille écus?

JULIE

Oui, le comte tantôt m'a remis cette somme.

FINETTE

Ah ! tant mieux... Vous voyez que c'est un galant homi

JULIE

Ou plutôt un indigne !

FINETTE

Il le faut ignorer.

Donnez-lui, tout au moins, quelque lieu d'espérer.

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