ACTE II, SCÈNE II
Et cette maison-ci sera bientôt vendue : Ainsi , mariez- vous pour coucher dans la rue.
j u l i e , à Cléon.
Insensé!
CLÉON
Je vois bien que Dorante me perd , Et le traître qu'il est vous a tout découvert!
JULIE
Oui, cruel! je sais tout, et je vais à mon père Découvrir au plus tôt cet odieux mystère.
cléon, l'arrêtant.
Ah! s'il en est instruit, il vous emmènera, Et mon oncle, à coup sûr, me déshéritera.
Mais comment voulez- vous qu'une femme se taise ? Quand je garde un secret, j'ai les pieds sur la braise.
julie, à Cléon.
Puis-je me dispenser de lui faire savoir?...
cléon, l'interrompant.
Si vous me décelez, craignez mon désespoir.
FHfBTTE.
Que ferez- vous?
cléon, mettant la main sur son épée.
Je veux me percer à sa vue.
FINETTE
Vous? vous n'en ferez rien.
cléon.
« Que là foudre me tue,
Si mon bras à l'instant ne termine mon sort!...
4o6 LE DISSIPATEUR
( à Julie. ) Je remplirai vos vœux, si vous voulez ma mort.
finette, se mettant entre eux deux.
Doucement!... Nous pouvons ajuster cette affaire. Je ne vois qu'un moyen qui nous force à nous taire. Combien pour cette terre avez-vous eu d'argent ?
CLEON
Deux cent mille écus.
Bon ! Est-ce en argent comptan
JULIE
Oui, j'en suis sûre.
cléon, à Finette.
Eh bien?
FINETTE
Monsieur est économe, Et sûrement encore il a toute la somme?
CLÉON
Mais, à -peu- près.
finette, montrant Julie.
Oh çà , combien lui donnez-vous Pour enchaîner sa langue et calmer son courroux?
CLÉON
Tout ce qu'elle voudra.
FINETTE
Cent mille francs. La faute Mériteroit, sans doute, une amende plus haute. C'est marché donné; mais nous avons le cœur bon.
CLÉON, faisant quelques pas pour sortir. Je reviens à l'instant.