LE COMTE, CLÉON
LE COMTE
Qu'avez- vous?
CLÉON
Je revois.
LE COMTE
A quoi donc?
4i2 LE DISSIPATEUR.
CLEON
A Julie.
le comte, en riant.
Et cela vous excite à la mélancolie?
CLÉON
Je l'avoue.
LE COMTE
Eh! pourquoi?
CLÉON
Je soupçonne , entre nous , Qu'elle veut me tromper.
LE COMTE
Sur quoi le croyez-vous?
CLÉON
Je l'accable de bien, et rien ne la contente.
le comte, après avoir un peu rêvé.
Écoutez donc, la chose est assez apparente; On veut vous ruiner, et puis vous planter là : L'insulte du baron me fait croire cela. Que voulez-vous! Souvent je vous plains, je murmure Mais je n'ose parler.
CLÉON
Parlez, je vous conjure :
Je vous croirai peut-être, et je romprai tout net.
le comte.
Pouvez- vous différer un si sage projet?
CLÉON
Oui, je me crains moi-même, et connois ma foiblesse Je romps toujours mes fers, et j'y rentre sans cesse. Mais je veux me punir de mon aveuglement,
En quittant un objet aimé trop tendrement. Appuyez mon dépit, et prêtez-moi votre aide.
LE COMTE
Cidalise pour vous est le plus sûr remède; Aimez-la.
CLÉON
Je m'y sens vivement disposé.
J'ai voulu lui parler et ne l'ai pas osé.
LE COMTE
Parlez-lui... Cidalise est d'une humeur charmante, Très désintéressée, et ma proche parente. Elle ne dépend plus que de son vieux tuteur, Dont je puis disposer.
Que n'ai-je sur mon cœur Un empire absolu !
le comte.
Plus il vous tyrannise, Moins il faut lui céder... Ah! voici Cidalise... Voyez si son abord est sombre et sérieux.
cléon , bas.
fout me paroît en elle aimable et gracieux.