ACTE 111, SCÈNE II. Ul
De ruiner Cléon , afin de lui garder Ce qu'elle sauvera.
PASQUIN
Pour me persuader Il me faut des effets. Ils vont bientôt paroître. Le dénoûment approche.
FINETTE
Il approche?
Oui, mon maître, Sans s'en apercevoir, est ruiné tout net. Il brille; mais, ma foi ! c'est en faisant binet. On va, pour l'achever, jouer un jeu terrible. Mon maître taillera : crois-tu qu'il soit possible Qu'il évite sa perte? Il joue étourdiment, Tient tout et ne voit rien. Tu juges aisément Que sa banque se fond en jouant de la sorte , Et que ce qu'il y met tout le monde l'emporte?
FINETTE
Il faut que ma maîtresse en tire aussi sa part, Car elle sait à fond tous les jeux de hasard; Et son bonheur, au moins, égale son adresse.
PASQUIN
Mais Cléon, m'a-t-on dit, rompt avec ta maîtresse?
FINETTE
Cette rupture-là nous inquiète peu.
D'ailleurs, pour son argent, chacun se met au jeu,
C'est la règle.
PASQUIN
Courage! achevez le pauvre homme;
Les autres l'ont blessé, ta maîtresse l'assomme.
Encor si son cher oncle avoit la charité
De se laisser mourir ! Cléon ressuscité
Reprendroit son éclat; mais, morbleu! le vieux traître
A déjà si souvent attrapé mon cher maître...
finette, l'interrompant.
Les lois devroient défendre à ces vieux opulents, Qui ne sont bons à rien, de passer soixante ans. Mais ces oncles malins sont cloués à la vie.
PASQUIN
Le nôtre est tous les ans deux fois à l'agonie.
Un courrier diligent vient nous en avertir;
Pour aller l'enterrer nous songeons à partir,
Quand un autre courrier, qui jusqu'au cœur nous frappe
Arrive et nous apprend que le traître en réchappe ,
Malgré deux médecins qui ne le quittent pas !
FINETTE
Deux médecins n'ont pu lui donner le trépas? H ne mourra jamais.
PASQUIN
Je ne suis point tranquille.
On vient de m' avertir qu'il est en cette ville. Ah ! si ce vieux avare alloit venir céans Pendant tout le fracas que l'on fait là- dedans, Lui qui mène une vie et misérable et dure , Il déshériteroit son neveu.
FINETTE
Chose sûre...
Tu devrois prévenir...