ACTE IV, SCENE II
La finesse est toujours l'effet d'un mauvais cœur... Vous m'entendez, madame?
julie, en souriant.
Oui , j'entends à merveille.
gÉronte, à Cléon.
Je vois bien, mon neveu, que le vin vous éveille.
CLÉON
Je serois un grand fou de me régler sur vous.
GÉRONTE
J'en demeure d'accord.
CLÉON
Car, mon oncle, entre nous, Est-il quelque défaut plus bas que l'avarice? Il suffit de paroître entiché de ce vice Pour être regardé comme un homme sans cœur. A quoi servent les biens que pour s'en faire honneur? Le faste nous tient lieu d'une haute noblesse. Les plus fiers, les plus grands adorent la richesse: Quiconque en fait usage avec eux va de pair; Et pour paroître grand , il faut prendre un grand air. Ainsi, loin de blâmer mon humeur libérale, Mon oncle, savourez ma prudente morale; Et, sans me fatiguer d'inutiles raisons, Prenez-moi pour modèle, et suivez mes leçons.
gÉronte, en riant.
Il n'est pas fort aisé de les suivre à mon âge.
CLÉON
On n'est jamais trop vieux pour devenir plus sage.
gÉronte, au baron.
Il parle comme un livre, et raisonne si bien,
Que j'ai honte d'avoir amassé tant de bien.
C'est un pesant fardeau dont je veux vous défaire.
GÉRONTE
Non; je vous en dispense, et j'en fais mon affaire. Puisque à se ruiner on se fait tant d'honneur, Corbleu! j'y vais aussi travailler de bon cœur.
CLÉON
Ah ! vous me plaisantez.
GÉRONTE
Non , mon cher, je vous jure ; En vous croyant un fou je vous faisois injure , Et c'est moi qui l'étois.
LE BARON
Il faut en convenir; Et de mes préjugés il me fait revenir.
CLÉON
Parlez- vous tout de bon, ou si c'est raillerie?
LE BARON
Tout de bon.
géronte, à Cléon.
Agissez sans façon , je vous prie.
De tout votre fracas bien loin d'être alarmé, Plus vous prodiguerez, plus je serai*charmé. Vous ne pouvez jamais épuiser la fortune... Embrassez-moi, mon cher, et vivons sans rancune...
( Ils s'embrassent. ) Adieu, mon doux neveu; tenez- vous en gaieté. Coupez, taillez, rognez en pleine liberté. Comptez toujours sur moi, comme vous devez faire,