ACTE V, SCÈNE IV
Se peut-il que sur vous vous ayez tant d'empire? Pouvez-vous d'un amant savourer le malheur?
JULIE
Je veux voir quel effet il fera sur son cœur. Son sort va désormais dépendre de lui-même : S'il est digne de moi, tu verras si je l'aime.
FINETTE
Il est assez puni , madame, en vérité.
JULIE, en souriant.
Il ne sait pas encor qu'il est déshérité ; Et, pour l'éprouver mieux, je prétends qu'il l'apprenne.
FINETTE
De votre bouche?
JULIE
Non, Finette; de la tienne.
Saisis l'occasion de l'informer du fait, Et devant Cidalise. On verra, par l'effet, Que, loin qu'à son égard je sois dure, insensible, J'use pour le guérir d'un secret infaillible.
FINETTE
Je commence, madame, à penser comme vous. Employer pour cela des remèdes trop doux, Ce seroit tout gâter. Il faut, d'une main sûre, Tailler, couper, percer, pour achever la cure. Je vais armer mon cœur d'un peu de dureté, Et tâcher d'opérer avec dextérité.
Pour éloigner d'ici la troupe qui nous lasse, Je veux à votre amant donner le coup de grâce.,.
Laissez-moi faire ; il vient.
48o LE DISSIPATEUR.