‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 320 sur 326 · LE COMTE, CLÉON · texte numérisé non relu

LE COMTE, CLÉON

cléon, allant au-devant du comte, qui veut l'éviter. Cher ami! savez-vous jusqu'où va ma disgrâce? Déjà de mou malheur tout le monde se lasse. Je n'ai plus d'amis.

le comte, en souriant.

Quoi! pensiez-vous en avoir?

CLÉON

Ah! que je m'abusois!... J'en suis au désespoir.

LE COMTE

Modérez, croyez-moi, cette douleur profonde. Ce qui se passe ici n'est que le train du monde. Vous vous êtes trompé jusqu'à ce triste jour,

En vous imaginant qu'on vous faisoit la cour.

Ce n'étoit point à vous, c'étoit à vos richesses ;

On vouloit partager vos plaisirs , vos largesses.

On trouvoit tout chez vous : on n'y trouve plus rien ;

Et l'on perd ses amis en perdant tout son bien...

Le monde est fait ainsi , j'en ai l'expérience.

Suivez donc le torrent, et prenez patience.

CLÉON

Étiez-vous donc aussi de ces amis trompeurs?

LE COMTE

Moi !... j'étois comme un autre au rang de vos flatteui Mais vous n'en aurez plus. Grâce à votre misère, Chacun à votre égard va devenir sincère.

Eh quoi! m'attendiez-vous à cette extrémité Pour m'oser librement dire la vérité?

le comte.

On ne se fait aimer que par les complaisances... Mais ne vous plaignez plus des fausses apparences. Si ce qu'on dit est vrai... je ne suis pas un sot... On m'a berné pourtant comme un franc idiot... Les plus fins sont trompés; et cette indigne veuve, Qui vous a tout ravi, m'en fait faire l'épreuve.

CLÉON

Comment?

LE COMTE

Je l'adorois. Sur un espoir flatteur, J'ai tâché par vos dons de m'acquérir son cœur. Je les sollicitois, de concert avec elle; Mais ils ne m'ont acquis qu'une haine mortelle r

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