ACTE V, SCÈNE XXI
julie, le retenant.
Que faites- vous, Cléon?
CLÉON
O ciel! c'est vous, Julie?
C'est vous qui m'empêchez de m'arracher la vie? Pourquoi ce soin?... Songez qu'il ne me reste rien.
JULIE
Ingrat! vous avez tout, puisque j'ai votre bien.
Lorsque vous m'accusiez d'une ame intéressée,
Que ne pouviez-vous lire au fond de ma pensée !
J'ai tâché de vous perdre, afin de vous sauver;
Et vous ai tout ravi, pour vous le conserver.
A votre aveuglement c'étoit le seul remède.
Vous êtes maître encor de ce que je possède.
Mon cœur, mon tendre cœur, vous l'offre avec transport!..
Il ne sauroit sans vous goûter un heureux sort.
Vous êtes le seul bien qu'il estime, qu'il aime;
Il vous rend tout le vôtre, et se livre lui-même.
Recevez-le, Cléon, en recevant ma foi;
Vivez heureux, content, et vivez avec moi.
cléon , se jetant aux pieds de Julie.
Adorable Julie !... Ah ! vous me percez l'ame !
J'adorois vos appas, votre vertu m'enflamme. Elle me fait mourir de honte et de regret!
julie, le relevant.
Levez-vous... Grâce au ciel, j'ai trouvé le secret De guérir vos erreurs , de vous rendre à vous-même , Et de vous faire voir à quel point je vous aime... Allons chercher mon père... Instruit de mon dessein Il va vous assurer et mou cœur et ma main.
5oo LE DISSIPATEUR.
Votre oncle en est charmé... Mon frère rentre eu grac* De nos divisions la discorde se lasse; Un ciel pur et serein nous présage un doux sort , Et la tempête enfin nous a mis dans le port.
clÉon , lui donnant la main.
Mon repos , mon bonheur, sont votre heureux ouvrag< Pour comble de bienfaits , vous m'avez rendu sage; Et je vais éprouver, dans les plus doux liens, Qu'une femme prudente est la source des biens.