ACTE II, SCÈNE VII
LA PRÉSIDENTE
Effectivement, je crois qu'il y a ici quelque dispute.
LE COMTE
Il ne faut disputer qu'à qui boira le mieux.
LA COMTESSE
Faites-nous confidence du fait, et nous vous ajusterons.
M. DES MASURES
Le voici. Monsieur le baron et madame ma cousine me soutiennent que leur fille est un prodige de science et d'esprit ; et moi je leur soutiens que c'est un prodige d'ignorance et de bêtise.
LA BARONNE
En vérité , j'ai honte que mon cousin , que j'avois vanté pour un homme d'esprit, en témoigne si peu dans cette occasion.
M. DES MASURES
Et moi je suis honteux que ma cousine, que je croyois judicieuse et sensée, veuille s'aveugler jusqu'à ce point. Je me donne au diable si j'ai jamais rien vu de si stupide que ce prétendu miracle de perfection.
LE BARON
Par la ventrebleu!... .
LA BARONNE, CLU barOtl.
Point d'emportement, mon cœur. Il nous est
facile de nous justifier. Ces messieurs et ces dames ont du monde et de l'esprit ; je les prends pour juges de notre différend.
LE PRÉSIDENT
Volontiers. J'appointe la cause. Condamnons la demoiselle Angélique à comparoître devant la cour, pour exposer ses qualités et talents, perfections et imperfections, et se voir jugée définitivement. Défense au père, à la mère, et au futur conjoint , d'assister à l'audience en personne.
LE COMTE
Ni par avocats. On se passera bien d'eux.
LE PRÉSIDENT
Et ce, afin que ladite cour puisse prononcer sans partialité ; telle est notre sentence provisoire. Messieurs et mesdames, la confirmez-vous?
LE COMTE
Oui. Mais à condition qu'avant que de juger, nous irons tous à la buvette.
LE BARON
C'est bien dit.
LE COMTE
J'ajoute encore une clause ; c'est que pendant tout le repas , il ne sera question de rien , et que les procédures ne commenceront qu'après dîner.