ACTE III, SCENE III
ANGÉLIQUE
Je suis dans une tristesse, dans une mélancolie qui m'arrache des larmes. ( Elle pleure,)
LA BAROBNE.
Eh, mon Dieu! qu'a-t-elle donc?
LA PRÉSIDENTE
Elle rentre dans ses vapeurs.
Vous vous moquez de moi, avec vos vapeurs.
ANGÉLIQUE
Oui, quand je vois ce monsieur des Masures, je le trouve si plaisant, si original, si comique , que je ne puis m'empêcher de rire, ah! ah ! ah ! ( Elle rit démesurément.)
LA BARONNE
Oh ciel ! est-ce que l'amour lui auroit tourné l'esprit?
Angélique, prenant M. des Masures par la main .
Ne vous désespérez pas, mon cher Léandre.
M. DES MASURES
Moi , Léandre !
ANGÉLIQUE
Ne vous désespérez pas, vous dis-je. Il lève les yeux au ciel ! la rage est peinte sur son visage ! Que va-t-il faire? il tire son épée! il veut se per-
cer le cœur! Ah cruel! ah barbare! perce donc le mien avant que de te priver du jour. Oui, je veux expirer sous tes coups. (// s éloigne d'elle. ) Mais l'ingrat me fuit, il m'échappe pour exécuter son dessein tragique. Non, non, je ne t'en donnerai pas le loisir; je te suivrai partout; j'arrêterai ton bras , ou ton bras nous assassinera l'un et l'autre. Veux-tu que je vive après toi, pour me livrera des Masures? Non , donne-moi cette épée dont tu veux te servir pour me priver (Elle arrache lépée de M. des Masures. ) de ce que j'aime. J'en veux faire un meilleur usage, et je vais percer le cœur de ton rival. (Elle court après le président, qui fuit devant elle.)
LE PRÉSIDENT
Arrêtez, mademoiselle; vous me prenez pour un autre : je ne suis point le rival de Léandre; je suis un grave magistrat, un président de l'élection.
( Angélique le laisse, et va se jeter dans un fauteuil toute hors d'haleine.)
LA PRÉSIDENTE
Ah! mon cher époux, êtes-vous mort?
LE PRÉSIDENT
Je crois que non, ma chère épouse, mais je n'en vaux guère mieux.