ACTE I, SCÈNE IL
LA BARONNE
Non, mademoiselle, cet article -là vous regarde.
ANGÉLIQUE
Et de quels maux votre cousin veut-il que je le guérisse ?
Cela est bien difficile à deviner! Ces maux sont l'absence, l'impatience, les inquiétudes, les peines, les tourments de l'amour. N'est-il pas vrai, monsieur le baron ?
LE BARON
Cela s'entend, m'amour.
ANGÉLIQUE
Comment puis-je lui causer tous ces maux , puisqu'il ne m'a jamais vue
LA BARONNE
Quelle absurdité pour une tille d'esprit! Sur le récit que nous lui avons fait, il s'est formé de vous une idée charmante : cette idée le presse, l'agite, le met tout en feu ; et quand une personne est toute en feu , vous m'avouerez qu'elle n'est pas à son aise. Je sais ce que c'est que ces étatslà. ( regardant tendrement le baron, ) J'y ai passé, mon cher baron.
le baron, l'embrassant.
Et moi aussi, mon aimable baronne.
la baronne, « Angélique.
Continuez.
ANGÉLIQUE lit.
L'amour jour et nuit me lutine , Et m'a tout criblé de ses traits ; Mais l'épouse qu'on me destine Va me mettre à couvert de sa main assassine, Sous le retranchement de ses divins attraits.
Cet endroit-ci n'est pas clair ; mais c'est ce qui en fait la beauté.
LE BARON
Assurément. Quand je lis quelque chose, et que je ne l'entends pas, je suis toujours dans l'admiration.
la baronne, à Angélique.
Achevez.
ANGÉLIQUE
Dispensez-m'en, s'il vous plaît.
LA BARONNE
Achevez, vous dis-je. Il semble que vous ayez perdu le goût des bonnes choses.
ANGÉLIQUE, Ut.
La charmante Angélique est si spirituelle, Qu'on est charmé, dit-on, de tout ce qu'elle dit. Ainsi, puisque l'hymen va m'unir avec elle, J'épouse non un corps, mais j'épouse un esprit.