ACTE 1, SCÈNE VI. ïi
N'est-il pas trop heureux de vous avoir possédée pendant qu'il a vécu ?
la baronne, s attendrissant.
Marquis , n'insultez point à sa mémoire. Je me flatte qu'il s'est tenu fort heureux de me posséder; et je me tiens malheureuse de ne le posséder plus.
LE MARQUIS
Parbleu! c'est bien fait de parler de la sorte; j'aime les bienséances.
LA BARONNE
Je laisse ces bienséances aux dames de la cour. Pour moi, qui ne joue point la comédie, je parle toujours comme je pense ; et je vous jure que , si j'étois bien aise d'être veuve, je vous l'avouerois sans façon.
LE MARQUIS
Quoi! sérieusement, vous êtes fâchée d'être en liberté de vous remarier?
LA BARONNE
Je donnerois volontiers tout ce que je possède pour n'avoir pas cette fatale liberté.
le marquis, riant.
Ha , ha , ha , ha ! je veux mourir si oe n'est la peur de l'esprit qui vous fait parler de la sorte ! . . . Je connois bien des veuves, à la cour et à Paris; mais je n'en connois point qui soient fâchées de
n4 LE TAMBOUR NOCTURNE,
l'être, si ce n'est de l'être trop long-temps... Sur ce pied-là , ma chère veuve , vous avez donc juré de ne vous remarier jamais?
LA BARONNE
C'est une témérité que de faire de pareils serments.
Mme CATAU, a part.
Ah ! je respire.
la baronne, au marquis.
Je connois trop la foiblesse de mon sexe pour m' exposer à être parjure; mais, si je pense toujours comme je fais, je vous proteste que je mourrai veuve du baron.
LE MARQUIS
Et moi, je vous proteste que vous ne le serez pas encore huit jours. Je vous ferai bientôt changer de sentiment.
LA BARONNE
C'est ce qu'il faudra voir.
LE MARQGIS.
Votre cœur n'a qu'à se bien tenir.
Mme CATAU, h part.
Le fat!
le marquis, h la baronne.
Je vais l'attaquer dans les formes.
Mme catau, h part.
L'impertinent !