‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 71 sur 326 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

M. PINCÉ, seul , et étant ses lunettes.

Ouvrirai-je cette lettre avant que de relire mon mémoire, ou relirai-je mon mémoire avant que d'ouvrir cette lettre? Je trouve plusieurs raisons

nS LE TAMBOUR NOCTURNE

pour et contre. D'un côté, Tordre que madame m'a donné de l'attendre ici, dans son appartement, et d'y préparer mes comptes; de l'autre, la curiosité, qui me presse, et à laquelle je ne puis résister... Tout bien considéré, ma curiosité l'emporte ; ouvrons... ( // remet ses lunettes pour lire la lettre quil ouvre. ) Ciel! que vois-je? En croirai-je mes yeux, ou plutôt en croirai-je mes lunettes ? c'est l'écriture de mon maître, de mon cher maître. Je ne puis retenir les larmes que la joie me fait répandre. Il faut que je baise cette lettre avant que de la lire.

( // ôte ses lunettes , baise plusieurs fois la lettre, essuie ses yeux, remet ses lunettes , et lit.) « Mon cher monsieur Pincé , « Comme vous m'avez élevé dès ma plus ten- « dre enfance, et que vous avez été mon précep- « teur et mon gouverneur avant que je vous fisse m mon intendant, vous êtes celui de mes domes- « tiques en qui j'ai le plus de confiance; et je m vais vous en donner une preuve bien évidente. « Je me flatte que vous serez charmé d'appren- « dre que je suis encore en vie, et que j'irai vous * trouver dans une demi-heure. Le bruit qui a m couru que j'avois été tué en Flandre » l'année « passée, a produit, ce me semble, quelque désce ordre dans ma famille. Je suis curieux de m'en

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