ACTE III, SCENE II. i
LE MARQUIS
Oui, vraiment. Je ne lui trouve qu'un défaut.
Mm« CATAU.
Qui est ?
LE MARQUIS
Qui est, qu'il n'a que vingt-cinq ans. Cela te dégoûtera peut-être?
M*»e CATAU.
Oh ! l'âge n'y fait rien, pourvu que d'ailleurs il soit bien sage, bien élevé...
le marquis, Tin terrompan t.
Comment, bien élevé! Je ne connois personne qui ait de plus belles manières. 11 peut passer vingt-quatre heures à table : il joue tous les jeux en perfection ; il prend une livre de tabac par jour, et il jure de la meilleure grâce du monde. Ah! ma chère, si tu le voyois, ton cœur seroit bien malade.
Mme catau, d'un a ir sérieux.
Eh! comment, s'il vous plait, s'appelle cet aimable gentilhomme, qui est tant de vos ami»?
LE MARQUIS
Il s'appelle monsieur de La Fleur.
Mme CATAU.
Votre valet de chambre?
LE MARQUIS
Justement.
i46 LE TAMBOUR NOCTURNE.
Mme cATAU.
Voilà un gentilhomme de grandes condilion... Mais passons là-dessus. A-t-il beaucoup de bien?
LE MARQUIS
Pas un sou.
Mme CATAU.
Allez vous promener avec votre gentilhomme!... (« part.) J'étois bien folle d'écouler cet homme-là.
LE MARQUIS
Mais j'y suppléerai.
Mme CATAU.
Ah! c'est une autre affaire... Que 1 ai donnerez-vous?
LE MARQUIS
Je lui ferai sa fortune.
Mme CATAU.
Et de quelle manière?
LE MARQUIS
Rien de plus aisé. Dès que j'aurai épousé ta maîtresse, je chasserai d'ici ce vieux fou d'intendant , qui m'y déplaît fort , et je donnerai sa place au gentilhomme que je te propose.
Mme CATAU.
Ne pouvez-vous faire que cela pour lui?
N'est-ce pas beaucoup?