ACTE V, SCENE
Ml de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'Ope'ra, m des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement sous l'inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j'annonce vin écrit périodique; et, croyant n'aller sur les brisées d'aucun autre, je le nomme journal inutile. Pouou ! je vois s'élever contre moi mille pauvres diables à la feuille : on me supprime ; et me voilà derechef sans emploi! — Le désespoir m'alloit saisir. On pense à moi pour une place; mais par malheur j'y étois propre : il falloit un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint. Il ne me restoit plus qu'à voler ; je me fais banquier de pharaon : alors , bonnes gens ! je soupe en ville , et les personnes dites comme il faut m'ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J'aurois bien pu me remonter; je commençois même à comprendre que pour {jagner du bien , le savoir faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pilloit autour de moi en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittois le monde; et vingt brasses d'eau m'en alloient séparer, lorsqu'un Dieu bienfaisant m'appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais^
puis laissant la fumée aux sots qui s'en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci. Un grand seigneur passe à Séville ; il me reconnoit, je le marie; et pour prix d'avoir eu par mes soins son e'pouse, il veut intercepter la mienne ! Intrigue , orage à ce sujet. Prêt à tomber dans un abyme, au moment d'épouser ma mère, mes parents m' arrivent à la file. (// 5e lève en s' échauffant.^ On se débat : c'est vous , c'est lui , c'est moi , c'est toi ; non , ce n'est pas nous; eh mais! qui donc? (// retombe assis. ) C) bizarre suite d'événements ! Comment cela m'cst-il arrivé ! Pourquoi ces choses et non pas d'autres? Qui les a fixées sur ma téte?Forcc de parcourir la route où je suis entré sans le savoir, comme j'en sortirai sans le vouloir, je l'ai jonchée d'autant de fleurs que ma gaieté me l'a permis. Encore je dis ma gaieté, sans savoir si elle est à moi plus que le reste, ni même quel est ce moi dont je m'occupe : un assemblage informe de parties inconnues; puis un chétiFétre imbécile; un petit animal folâtre; un jeune homme ardent au plaisir; ayant touslesgoûts pour jouir; faisant tous les métiers pour vivre; maître ici, valet là, selon qu'il plait à la fortune; aud>itieux par vanité, laborieux par nécesï^ité, njais pares--