ACTE 1, SCÈNE VI. aSy
individu? Mon froid dédain, un nom de terre, une croix de Malte , une pension , m'auroient vengé de sa mère et de lui. Mais conçois-tu mon désespoir, en perdant un Hls adoré, de voir un étranger succéder à ce rang, à ces titres, et, pour irriter ma douleur, venir tous les jours me donner le nom odieux de son père?
BÉGEAIISS.
Monsieur, je crains de vqus aigrir en cherchant à vous apaiser; mais la vertu de votre épouse...
LE co-MTE^ avec colère.
Ah! ce n'est qu'un crime de plus. Couvrir d'une vie exemplaire un affront tel que celui-là ! Commander vingt ans, par ses mœurs et la piété la plus sévère , l'estime et le respect du monde; et verser sur moi seul, par cette conduite affectée, tous les torts qu'entraîne api^ès soi ma prétendue bizarrerie !... Ma haine pour eux s'en augmente.
BÉGEARSS
Que vouliez-vous donc qu'elle fît ? Même en la supposant coupable, est -il au monde quelque faute qu'un repentir de vingt années ne doive effacer à la fin? Fûtes- vous sans reproche vousmême? Et cette jeune Florestine , que vous nommez votre pupille, et qui vous touche de plus près...
LE COMTE
Qu'elle assure donc ma vengeance ! Je dénaturerai mes biens, et les lui ferai tous passer. Déjà trois millions d'or, arrivés de la Vera-Crux, vont lui servir de dot; et c'est à loi que je les donne. Aide-moi seulement à jeter sur ce don un voile impénétrable. En acceptant mon porte-feuille , et te présentant comme époux, suppose un héritn^je, un Ic.jjs de quelque parent éloij^iio.
D Ê G E A R s s , montrai} t le crêpe de son bras.
Voyez que pour vous obéir je me suis déjà mis en deuil.
LE COMTE
Quand j'aurai l'agrément du roi pour l'échange entamé de toutes mes terres d'Espagne contre des biens dans ce pays, je trouverai moyen de vous en assurer la possession à tous deux. B É r, E A n s s , vivemen t.
Et moi, je n'en veux point. Croyez-vous que, sur des soupçons... peut-être encore très peu fondés, j'irai me rendre le complice de la spoliation entière de l'héritier de votre nom , d'un jeune homme plein de mérite? car il faut avouer qu'il en a...
LE c o M T F. , r m^rt tien té.
Phis fjur mon Hls, voulr/.-vous dire ? Ciiarun le pense comme vous; cela nj'irrilc contre lui...