‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 183 sur 265 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LE COMTE

Puisque enfin je suis seul , lisons cet étonnant écrit, qu'un hasard presque inconcevable a fait tomber entre mes mains. ( // tire de son sein lu lettre de lécrin , et lit en pesant sur tous les mois.) « Malheureux insensé' ! notre sort est remph. La ■ surprise nocturne que vous avez osé me faire ^ dans un château oîi vous fûtes élevé, dont vous -. connoissiez les détours ; la violence qui s'en est • suivie ; enfin votre... crime, le mien... (// s'ar- « réte. ) le mien reçoit sa juste punition. Aujoura d'hui, jour de saint Léon, patron de ce lieu et « le vôtre , je viens de mettre au monde un Hls , « mon opprobre et mon désespoir. Grâce à de « tristes précautions, l'honneur est sauf; mais la « vertu n'est plus. — Condamnée désormais à «des larmes intarissables, je sens qu'elles n'ef- " faceront point un crime... dont l'effel 'o^i»

" subsistant. Ne me voyez jamais : c'est l'ordre « irrévocable de la misérable Rosine... qui n'ose « plus signer un autre nom. » (// porte ses mains avec la lettre à son front y et se promène )... Qui n'ose plus signer un autre nom !... Ah! Rosine ! où est le temps?... Mais tu t'es avilie! (// s'agite.) Ce n'est point là l'écrit d'une méchante femme! Un misérable corrupteur... Mais voyons la réj)onse écrite sur la même lettre. ( // lit. ) « Puisque je ne dois plus vous voir, la vie m'est « odieuse, et je vais la perdre avec joie dans la ri vive attaque d'un fort où je ne suis point com- « mandé.

« Je vous renvoie tous vos reproches ; le por- « trait que j'ai fait de vous, et la boucle de che- « veux que je vous dérobai. L'ami qui vous rendra " ceci, quand je ne serai plus , est sur. Il a vu tout « mon désespoir. Si la mort d'un infortuné vous <• inspiroit un reste de pitié, parmi les noms « qu'on va donner à l'héritier... d'un autre plus « heureux... puis-je espérer que le nom de Léon « vous rappellera quelquefois le souvenir du mal- " heureux... qui expire en vous adorant, et signe «pour la dernière fois. Chérubin Léon d'As-

« TORGA. »

Puis, en caractères sanglants!... «Blessé à « mort, je rouvre cette lettre, et vous écris avec

i-ji LA MÈRE COUPABLE.

'< mon sang ce douloureux , cet éternel adieu.

« Souvenez-vous... »

Le reste est efface par des larmes... ( Il s'agite. ) Ce n'est point là non plus l'écrit d'un me'chant homme ! Un malheureux égarement... ( Il s'assied et reste absorbé. ) Je me sens déchiré !

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