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ACTE III, SCÈNE H. 3i

sauver votre honneur, en ne laissant aucune trace de ce qui pourroit l'altérer.

LA COMTESSE

Dieu ! Dieu !

BÉGEARSS

Vingt ans se sont passés sans que j'aie pu obtenir que ce triste aliment de votre éternelle douleur s'éloignât de vos yeux. Mais, indépendamment du mal que tout cela vous fait, voyez quel danger vous courez.

LA COMTESSE

Eh ! que peut-on avoir à craindre?

BÉGEARSS, regardant si on peut l'entendre, {parlant bas.) Je ne soupçonne point Susanne i mais une femme-de-chambre, instruite que vous conservez ces papiers, ne pourroit-elle pas un jour s'en faire un moyeu de fortune? Un seul remis à votre époux, que peut-être il paieroit bien cher , vous plongeroit dans des malheurs. .-

Non; Susanne a le cœur trop bon...

BÉGEARSS, d'un ton plus élevé , très ferme.

Ma respectable amie! vous avez payé votre dette à la tendresse, à la douleur, à vos devoir» de tous les genres; et si vous êtes satisfaite de la conduite d'un ami, j'en veux avoir la récompense. 11 faut bi'ûler tous ces papiers, éteindre f 27

3i4 LA MÈRE COUPABLE,

tous ces souvenirs d'une faute autant expiée. Mais, pour ne jamais revenir sur un sujet si douloureux, j'exige que le sacrifice en soit fait dans ce même instant.

LA COMTESSE, tremblante.

Je crois entendre Dieu qui parle. Il m'ordonne de l'oublier, de déchirer le crêpe obscur dont sa mort a couvert ma vie. Oui, mon Dieu, je vais obéir à cet ami que vous m'avez donné. (Elle sonne.) Ce qu'il exige en votre nom, mon repentir le conseilloit ; mais ma foiblesse a combattu.

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