‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 84 sur 265 · ACTE III, SCENE V. ii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V. ii

LE COMTE, radouci.

Ce n'est pas ce que je voulois dire, laissons

cela. J'avois... oui, j'avois quelque envie de t'em-

mener à Londres courrier de dépêches...; mais,

toutes réflexions faites...

FIGARO

Monseigneur a changé d'avis ?

LE COMTE

Premièrement, tu ne sais pas l'anglois.

FIGARO

Je sais God-dam.

LE COMTE

Je n'entends pas.

F r O A II o.

Je dis que je sais God-dam.

LE COMTE

Eh bien !

FIGARO

Diable î c'est une belle langue que l'anglois , il en faut peu pour aller loin. Avec God-dam en Angleterre on ne manque de rien nulle part. — Voulez- vous tàter d'un bon poulet gras, entre/, dans une taverne , et faites seulement ce geste au garçon (Il tourne la broche.) ., God-dam ! On vous apporte un pied de bœuf salé sans pain. C'est admirable ! Aimez-vous à boire un coup d'excel-

lent Bourgo{pie ou de clairet , rien que celui -ci (// débouche une bouteille.)^ God-dam ! On vous sert un pot de bière, en bel ëtain , la mousse aux bords. Quelle satisfaction ! Rencontrez-vous une de ces jolies personnes qui vont trottant menu, les yeux baissés, coudes en arrière, et tortillant un peu des hanches ; mettez mignardement tous les doigts unis sur la bouche, ah ! God-dam ! Elle vous sangle un soufflet de crocheteur. Preuve qu'elle entend. Les Anglois, à la vérité , ajoutent , par-ci, par-là, quelques autres mots en conversant; mais il est bien aisé de voir que God-dam est le fond de la langue ; et si monseigneur n'a pas d'autre motif de me laisser en

Espagne...

LE C o MTE, à part.

Il veut venir à Londres; elle n'a pas parlé.

FIGAKO, h part.

Il croit que je ne sais rien; travaillons-le un peu dans sou genre.

l.F. COMTE.

Quel nidtif avuit la comtesse pour me jouei un pareil tour ?

FIGARO

Ma fui , inon>eigneur , vous le savez mieux que moi.

LE COMTE

.le la préviens sur tout, et la comble de présent?.

Page 1