ACTE I, SCÈNE X. 2o
sieur le comte Dorimont est en passe d'aller à tout.
DORANTE
Les paroles sont-elles données de part et d'autre?
Mme ARGANTE.
Pas tout-à-fait encore, ttiais à peu près : ma fille n'en est pas éloiffnéie. Elle souhaiteroit seulement, dit-elle , d'être bien instruite de l'état de l'affaire, et savoir si elle n'a pas meilleur droit que monsieur le comte, afin que, si elle l'épouse, il lui en ait plus d'obligation : mais j'ai quelquefois peur que ce ne soit une défaite. Ma fille n'a qu'un défaut; c'est que je ne lui trouve pas assez , d'élévation : le beau nom de Doriniont et le rang de comtesse ne la touchent pas assez; elle ne sent pas le désagrément qu'il y a de n'être qu'une bourgeoise. Elle s'endort dans cet état , malgré ïe bien qu'elle a.
DORASTE, doucement.
Peut-être n'eu sera-t-elle pas plus heureuse , si elle en sort.
M™« ARGANTE, yiVemenf.
Il ne s'agit pas de ce que vous en pensez : gardez votre petite réflexion roturière , et serveznous , si vous voulez être de nos amis.
2o6 LES FAUSSES CONFIDENCES.
MA.RTHON.
C'est un petit trait de morale qui ne gâte rien à notre affaire.
M™« ARGANTE
Morale subalterne qui me déplaît.
DORANTE
De quoi est-il question, madame?
M™e ARGANTÏ;.
De dire à ma fdle, quand vous aurez vu ses papiers, que son droit est le moins bon; que, si elle plaidoit , elle perdroit.
DORANTE
Si effectivement son droit est le plus foible, je ne manquerai pas de l'en avertir, madame. >i«ie ARGANTE, rt part j à Marthon.
Hum! quel esprit borné! (à Dorante.) Vous n'y êtes point ; ce n'est pas là ce qu'on vous a dit; on vous charge de lui parler ainsi , inde'pendamment de son droit bien ou mal fondé.
DORANTE
Mais , madame, il n'y auroit point de probité à la tromper. ^
M«ûe ARGANTE.
De probité! J'en manque donc, moi? Quel raisonnement ! C'est moi qui suis sa mère , et qui vous ordonne de la tromper à sou avantage, entendez-vous ? C'est moi , moi.