ACTE II, SCÈNE II. aSi
savoir la réponse, et vous mener tout de suite chez elle. Cela est-il net? Y a-t-il à se consulter là-dessus? Dans deux heures , il faut être au logis. Ai-je tort, madame?
ARAMiNTEj froidement.
C'est à lui de répondre.
M. REMI
Eh bien? A quoi pense-t-il donc? Viendrezvous?
DORANTE
Non , monsieur; je ne suis pas dans cette disposition-là.
M. REMI
Hum ! Quoi ? entendez-vous ce que je vous dis, qu'elle a quinze mille livres de rente? entendezvous?
DORANTE
Oui, monsieur; mais en eût-elle vingt fois davétntage, je ne l'épouserois pas; nous ne serions heureux ni l'un ni l'autre: j'ai le cœur pris; j'aime ailleurs.
M. REMI, d'u7i ton railleur, et traînant ses mats.
J'ai le cœur pris! Voilà qui est fâcheux. Ah, ah! le cœur est admirable! Je n'aurois jamais deviné la beauté des scrupules de ce cœur-là , qui veut qu'on reste intendant de la maison d'autrui ,
2^2 LES FAUSSES CONFtnENCES.
pendant qu'on peut l'être de la sienne. Est-ce là votre dernier mot, berger fidèle?
DORANTE
Je ne saurois changer de sentiment, monsieur.
M. BÊMr.
Oh! le sot cœur! Mon neveu, vous êtes un imbécile, un insensé; et je tiens celle que vous aimez pour une guenon , si elle n'est pas de mon sentiment. N'est-il pas vrai, madame, et ne le trouvez-vous pas extravagant?
ARAMiNTE, doucctnent.
Ne le querellez point. Il paroît avoir tort, j'en conviens.
M. REMI, vivement.
Comment! madame, il pourroit...
ARAMINTE
Dans sa façon de penser, je l'excuse. Voyez pourtant, Dorante; tâchez de vaincre votre penchant, si vous le pouvez: je sais bien que cela est difficile.
DORANTE
Il n'y a pas de moyen, madame; mon amour m'est plus cher que ma vie.
M. REMI, d'un air étonné.
Ceux qui aiment les beaux sentiments doivent être contents; en voilà un des plus curieux qui