ACTE II, SCÈNE XII
ni de loin ; c'est le procureur qui a débité cette fable-là à Marthon, dans le dessein de les marier ensemble : et moi, je n'ai pas osé l'en dédire, m'a dit Dorante, parceque j'aurois indisposé contre moi cette fille, qui a du crédit auprès de sa mai-, tresse, et qui a cru ensuite que c'étoit pour elle que je refusois les quinze mille livres de rente qu'on m'offroit.
ARAMiNTE, négligemment.
Il t'a donc tout conté?
DUBOIS
Oui , il n'y a qu'un moment , dans le j ardin , où il a voulu presque se jeter à mes {»enoux pour me conjurer de lui fjarder le secret sur sa passion , et d'oublier l'emportement qu'il eut avec moi quand je le quittai. Je lui ai dit que je me tairois, mais que je ne prétendois pas rester dans la maison avec lui, et qu'il falloit qu'il sortît; ce qui l'a jeté dans d^s gémissements, dans des pleurs, dans le plus triste état du monde.
ARAMINTE
Eh! tant pis : ne le tourmente point. Tu vois bien que j'ai raison de dire qu'il faut aller doucement avec cet esprit-là ; tu le vois bien. J'auf^urois beaucoup de ce mariage avec Marthon; je croyois qu'il m'oublieroit, et point du tout, il n'est question de rien.
DUBOIS, comme s'en allant.
Plire fable. Madame a-t-elle encore quelque chose à me dire?
ARAMI NTE.
Attends : comment faire ? Si, lorsqu'il me parle, il me mettoit en droit de me plaindre de lui ; mais il ne lui échappe rien; je ne sais rien de sqn amour que ce que tu m'en dis, et je ne suis pas assez . fondée pour le renvoyer. Il est vrai qu'il me fâcheroit , s'il parloit ; mais il seroit à propos qu'il me fâchât.
DUBOIS
Vraiment, oui; monsieur Dorante n'est point digne de madame. S'il étoit dans une plus grande fortune, comme il n'y a rien à dire à ce qu'il est né, ce $eroit une autre affaire ; mais il n'est riche qu'en mérite, et ce n'est pas assez.
ARAMiwTE, d'un ton comme triste.
Vraiment, non ; voilà les usages : je ne sai$ pas comment je le traiterai ; je n'en sais rien, je verrai.
DUBOIS
Eh bien! madame a un, si beau préteste... ce portrait que Marthon a cru être le sien , à ce qu'elle m'a dit.
AU A M IN TE
Eh ! non , je ne saurois l'en accuser ; c'est le teomte qui l'a fait faire.