ACTE II, SCÈNE XV
ARAMINTE
Et ne devez -vous pas l'épouser? Elle vous aime sans doute ?
DORANTE
Hélas ! madame , elle ne sait pas seulement que je l'adore. Excusez l'emportement du terme dont je me sers. Je ne saurois presque parler d'elle qu'avec transport.
Je ne vous interroge que par étonnement.Elle ignore que vous l'aimez, dites-vous? Et vous lui sacrifiez votre fortune ? Voilà de l'incroyable. Comment, avec tant d'amour, avez-vous pu vous taire ? On essaie de se faire aimer, ce me semble: cela est naturel et pardonnable.
DORANTE
Me préserve le ciel d'oser concevoir la plus légère espérance ! Être aimé, moi! non, madame. Son état est bien au-dessus du mien. Mon respect me condamne au silence ; et je mourrai du moins, sans avoir eu le malheur de lui déplaire.
ARAMINTE
Je n'imagine point de femme qui mérite d'inspirer une passion si étonnante : je n'en imagine point. Elle est donc au-dessus de toute comparaison ?
nORANT E.
Dispensez-moi de la louer, madame : je m'égarerois en la peignant. On ne connoît rien de si beau ni de si aimable qu'elle, et jamais eiiene me parle, ou ne rnéVegardè, que mon amour n'en augmente. '
A R A M I N TÉ baisse Tê$ feux y ef 'continue.
Mais votre conduite blesse la raison. <^ue prétendez-vous avec cet amour pour une personne qui ne saura jamais que vous l'aimez ? Cela est bien bizarre. Que prétendez-vous ?
dora:«Te.
Le plaisir de la voir quelquefois, et d'être avec elle , est tout ce que je me propose.
A RAM IN TE
x4vec elle? Oubliez-vous que vous êtes ici ?
DORANTE
Je veux dire, avec son portrait, quand je ne la vois point.
Son portrait ! Est - ce que vous l'avez fait faire?
DORANTE
INon, madame; mais j'ai, par amusement, appris à peindre, et je l'ai peinte moi-même. Je me serois privé de son portrait, si je n'avois pu Tavoir que par le secours d'un autre.