ACTE 1, SCÈNE VIII
PASQUIN
Un domestique là-bas m'a dit d'entrer ici, et qu'on alloit avertir mon beau-père qui étoit avec ma femme.
SILVIA
Vous voulez dire monsieur Orgon et sa fille, sans doute, monsieur?
Et oui; mon beau-père et ma femme, autant vaut; je viens pour épouser, et ils m'attendent pour être mariés, cela est convenu : il ne manque plus que la cérémonie, qui est une bagatelle.
SILVIA
Cest une bagatelle qui vaut bien la peine qu'on y pense.
PASQCIN.
Oui; mais, quand on y a pensé, on n'y pense plus.
SILVIA, bas , h Dorante.
Bourguignon, on est homme de mérite à bon marché chez vous, ce me semble?
PASQUIN
Que dites-vous là à mon valet, la belle ?^
SILVIA
Rien; je lui dis seulement que je vais faire descendre monsieur Orgon. j
)44 LE JEU DE L'AMOUK E r DU HASARD.
PASQUIS.
Et pourquoi ne pas (lire mon beau-père, comme moi?
SILVIA
C'est qu'il ne l'est pas encore
Elle a raison, monsieur; le mariage n'est pas /ait.
PASQUIK.
Eh bien! me voilà pour le faire.
DORANTE
Attendez donc qu'il soit fait.
PASQUIN
Pardi ! voilà bien des façons pour un beaupère de la veille ou du lendemain.
SILVl A.
En effet, quelle si grande diffe'rence y a-t-il entre être mjiriëe ou ne l'être pas? Oui, monsieur, nous avons tort, et je cours informer votre beaupère de votre arrivée.
PASQUIN
Et ma femme aussi, je vous prie. Mais, avant que de partir, dites-moi une chose, vous qui êtes si jolie, n'êtes-vous pas la soubrette de l'hôfel?
SILVIA
Vous l'avez dit.