ACTE II, SCÈNE XI. 38i
SILVI A.
Quel malheuretix déguisement ! Sur-tout , que Lisette ne m'approche pas ; je la hais plus que Dorante.
M. ORGON
Tu la verras, si tu veux : mais tu dois être charme'e que ce garçon s'en aille; car il t'aime, et cela t'importune assurément.
SILVI A.
Je n'ai point à m'en plaindre ; il me prend pour une suivante, et il me parle sur ce ton-là: mais il ne me dit pas ce qu'il veut, j'y mets bon ordre.
MARIO
Tu n'en es pas tant la maîtresse que tu le dis bien.
M. ORGON
Ne l'avons-nous pas vu se mettre à genoux malgré loi? N'as-tu pas été obligée pour le faire lever de lui dire qu'il ne te déplaisoit pas? siLviA, rt part.
J'étouffe !
MARIO
Encore a-t-il fallu, quand il t'a demandé si tu l'aimerois, que tu aies tendrement ajouté, Volontiers, sans quoi il y seroit encore.
SILVIA
L'heuretise apostille ! mon frère; mais, comme
382 LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD, l'action m'a déplu, la répétition n'en est pas aimable. Ah çà ! parlons sérieusement : quand finira la comédie que vous vous donnez sur mon compte?
M. ORGON
La seule chose que j'exige de toi, ma fille, c'est de ne te déterminer à le refuser qu'avec connoissance de cause: attends encore; tu me remercieras du délai que je demande, je t'en réponds.
MAniO.
Tu épouseras Dorante, et même avec inclination, je te le prédis... Mais, mon père, je vous demande grâce pour le valet.
SILVIA
Pourquoi grâce? Et moi je veux qu'il sorte.
M. ORGON
Son maître en décidera: allons-nous-en.
MARIO
Adieu, adieu, ma sœur; sans rancune.