SCÈNE II. 4-^y
LUCIDOR.
Ce n'est pas tout-à-fait cela : ëcoutez-moi , je prétends, vous dis-je, que vous vous proposiez pour Angélique, indépendamment du mari que je lui offrirai; si elle vous accepte, comme alors je n'aurai fait aucun tort à votre amour, je ne vous donnerai rien; si elle vous refuse, les douze mille francs sont à vous.
MAÎTRE RLAISE.
Aile me refusera, monsieur, aile me refusera ; le ciel m'en fera la grâce à cause de vous , qui le desirez.
LucinoR.
.. Prenez garde, je vois bien qu'à cause des douze mille francs vous ne demandez déjà pas mieux que d'être refusé.
MAÎTRE BLAISE
Hélas! peut-être bian que la somme m'étourdit un petit brin; j'en sis friand, je le confesse; aile est si consolante.
Je mets cependant encore une condition à notre marché ; c'est que vous feigniez de l'empressement pour obtenir Angélique , et que vous continuiez de paroître amoureux d'elle.
MAÎTRE BLAISE
Oui, monsieur, je serons fidèle à ça ; mais j'ons
Uo L'ÉPREUVE.
bonne espérance de n'être pas digne d'elle, et mêmement j'avons opinion, si aile osoit, qu'aile vous aimeroit plus que parsonne.
LUCinOR.
Moi, maître Biaise ! vous me surprenez, je ne m'en suis pas aperçu; vous vous trompez : en tout cas, si elle ne veut pas de vous, souvenez-vous de lui faire ce petit reproche-là ; je serois bien aise de savoir ce qui en est par pure curiosité
MAÎTRE BLAISE
En n'y manquera pas, en li reprochera devant vous, drès que monsieur le commande.
LUCIDOR.
Et comme je ne vous crois pas mal à propos glorieux, vous me ferez plaisir aussi de jeter vos vues sur I^isette, que, sans compter les douze mille francs, vous ne vous repentirez pas d'avoir choisie, je vous en avertis.
MAÎTRE BLAISE
Hélas ! il n'y a qu'à dire, en se revirera itou sur elle ; je l'aimerai par mortification.
J'avoue qu'elle sert madame Argante, mais elle n'est pas de moindre condition que les autres filles du village,
MAÎTRE BLAISE
Eh ! voireraent , elle en est née native.