SCÈNE III
MAÎTRE Bh M SE, cavalièrement.
Stelle-là est belle et bonne, je m'y accorde. J'aime qu'on soit franc ; et en effet quel mérite avons-je pour li plaire à cette enfant ?
LISETTE
Ce n'est pas que vous ne valiez votre prix, monsieur Biaise, mais je crains que madame Argante ne vous trouve pas assez de bien pour sa fille. MAÎTRE BLAi SE, en rmnf.
Ça est vrai, pas assez de bien : pus vous allez, mieux vous dites.
LISETTE
Vous me faites rire avec votre air joyeux.
LUCIDOR.
C'est qu'il n'espère pas grand'chose.
MAÎTRE BLAISE
Oui, velà ce que c'est; et pis, tout ce qui viant je le prends, (rè Lisette.) Le biau brin de fille que vous êtes!
LISETTE
La tête lui tourne , ou il y a là quelque chose que je n'entends pas.
MAÎTRE BLAISE
Stapendant je me baillerai bian du tourment pour avoir Angélique, et il en pourra venir que je l'aurons ou bian que je ne l'aurons pas : faut mettre les deux pour deviner juste.
LISETTE , en riant.
Vous êtes un très grand devin.
LUCIDOR.
Quoi qu'il en soit , j'ai aussi un parti à lui offrir, mais un très bon parti : il s'aj^it d'un homme du monde ; et voilà pourquoi je m'informe si elle n'aime personne.
LISETTE
Dès que vous vous mêlez de l'établir, je pense bien qu'elle s'en tiendra là.
HJCIDOR.
Adieu, Lisette: je vais faire un tour dans la grande allée; quand Angélique sera venue, je vous prie de m'en avertir. Soyez persuadée, à votre égard, que je ne m'en retournerai point à Paris sans récompenser le zèle que vous m'avez marqué.
LISETTE
Vous avez bien de la bonté, monsieur.
L u c I DO R , rt Biaise, en s'en allant et h part.
Ménagez vos termes avec Lisette, maître Biaise.
MAÎTRE BLAISE
Aussi fais-je; je n'y mets pas le sens commun.
MAITRE BLAI^'êV^ÏSÊTTE.
: ,. M !i i i f.ir.
USETTE.
Ce monsieur Lucidor a le meillleur cœur du inonde.
MAÎTRE B LAI SE
Oh! un cçeur magnitique, un cœur tout d'or. Au surplus, comment vous portez -!vous, mademoiselle Lisette? ,
h i SET JE», riant.
Eh! que voulez-vous dire avec votre compliment, maître Biaise? Vous tenez depuis un moment des discours bien étranges. ,
M AÎTRE BLAISE
Oui , j'ons des manières fantasques , et ça vous t'fnnne, n'est-ce pas? je m'en doute bian. (et par re//eA-ion.) Que vous êtes ayriable! x
LISETTE
Que vous êtes orifvinal avec votre afjréableî Comme il me regarde! En vérité, vous extravaguez.
MAÎTRE BIAISE
Tout au contraire, c'est ma prudence qui vous «ontemple. li.i ,
Eh bien ! contemplez, voyez; ai-je aujourd'hui le visage autremeut fait que je ne l'avois hier?
MAiTRE BLAISE.
Non, c'est moi qui le vois mieux que de coutume; il est tout nouviau pour moi.
LISETTE, voulant s'en aller.
Eh! que le ciel vous bénisse !
MAÎTRE B L A. i SE, l'arrêtant.
Attendez donc.
LISETTE
Eh ! que me voulez-vous? Cest se moquer que devons entendre; on diroit que vous m'en contez. Je sais bien que vous êtes un fermier à votre aise, et que je ne suis pas pour vous: de quoi s' agitil donc?
MAÎTRE BLAISE
De m'acouter sans y voir goutte, et de dire à part vous. Ouais! faut qu'il y ait un secret à ça.
LISETTE
Et à propos de quoi un secret? vous ne me dites rien d'intelligible.
MAÎTRE BLAISE
Non, c'est fait exprès, c'est re'solu.
LISETTE
Voilà qui est bien particulier. Ne cherchezvous'pas Angélique?