‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 306 sur 319 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

ANGÉLIQUE

Monsieur...

M™« ARGANTE

Monsieur! ma mère ! levez la tète.

FRONTIN

Silence , maman ; voilà une réponse entamée.

LISETTE

Vous êtes trop heureuse, mademoiselle; il faut que vous soyez née coiffée.

ANGÉLIQUE, vivement.

En tout cas , je ne suis pas née babillarde.

FRONTIN

Vous n'en êtes que plus rare. Allons, mademoiselle, reprenez haleine, et prononcez.

Mme ARGANTE.

Je dévore ma colère.

LUCIDOR.

Que je suis mortifié !

FRONTIN, h Angélique.

Courage! encore un effort pour achever.

ANGÉLIQUE

Monsieur, je ne vous connois point.

FRONTIN

La connoissance est sitôt faite en mariage ; c'est un pays où l'on va si vite.

M»ne ARGANTE.

Comment ? étourdie , ingrate que vous êtes l

FRONTIN

Ah! ah! madame Argante, vous avez le dialogue d'une rudesse inconcevable.

MH»e ARGANTE.

Je sors, je ne pourrois pas me retenir; maisje la déshérite, si elle continue de répondre aussi mal aux obligations que nous vous avons, messieurs. Depuis que monsieur Lucidor est ici, son séjour n'a été marqué pour nous que par des bienfaits. Pour comble de bonheur, il procure à ma fille un mari tel qu'elle ne pouvoit pas l'espérer, ni pour le bien , ni pour le rang, ni pour le mérite.

FRONTIÎS.

Tout doux : appuyez légèrement sur le dernier.

M™o ARGANTE.

Et merci de ma vie ! qu'elle l'accepte , ou je la renonce.

Page 1