ACTE II, SCÈNE IV
qui je m'accommode ! En vérité vous êtes burlesque. Et ce mariage, de qui le tenez-vous donc ?
HORTETSSIUS.
De mademoiselle Lisette, qui l'a dit à Lubin, lequel me l'a rapporté , avec cette apostille contre moi , qui est que ce mariage m'expulseroit d'ici,
LA MARQUISE, étonnée.
Mais qu'est-ce que cela signifie? Le chevalier croira que je suis folle, et je veux savoir ce qu'il a répondu ; ne me cachez rien , parlez.
HORTENSIUS
Madame , je ne sais rien là-dessus que de très vague.
LA MARQUISE
Du vague ! voilà qui est bien instructif; voyons donc ce vague.
HORTENSIUS
Je pense donc que Lisette ne disoit à monsieur le chevalier que vous épousiez monsieur le comte...
LA MARQUISE
Abrégez les qualités.
HORTEN8IU8.
Qu'afin de savoir si ledir chevalier ne voudrait pas vous rechercher lui-même , et se sub-
stituer au lieu et place dudit comte ; et même il appert, par le récit dudit Lubin, que ladite Lisette vous a offerte au sieur chevalier.
LA. MARQUISE
Voilà , par exemple , de ces faits incroyables : c'est promener la main d'une femme, et dire aux ^ens, La voulez-vous? Ah ! ah ! je m'imagine voir le chevalier reculer de dix pas à la proposition ; n'est-il pas vrai ?
HORTENSIUS
Je cherche sa réponse littérale.
LA MARQUISE
Ne vous brouillez point ; vous avez la mémoire fort nette ordinairement.
HORTENSIUS
L'histoire rapporte qu'il s'e^t d'abord écrié dans sa surprise, et qu'ensuite il a refusé la chose.
LA MARQUISE
Oh ! pour l'exclamation , il pouvoit la retrancher, ce me semble; elle me paroît très imprudente et très impolie. J'en approuve l'esprit; s'il pensoit autrement, je ne le verrois de ma .vie: mais se récrier devant des domestiques, m'exposer à leur raillerie, ah! c'en est un.peu trop; il n'y a point de situation qui dispense d'être honnête.