ACTE II, SCÈNE VIIÏ
vez pas voulu me parler pour lui; Lisette s'est même imagine'e vous voir un air piqué.
LE CHEVALIER
Il en pouvoit être quelque chose.
LA MARQUISE
Passe pour cela, c'est répondre, et je vousreconnois. Sur cet air piqué , elle a pensé que je ne vous déplaisois pas.
LE c HEVALIER salue en riant.
Cela n'est pas difficile à penser.
Pourquoi? on ne plaît pas à tout le monde. Or, comme elle a cru que vous me conveniez, elle vous a proposé ma main^ comme si celadépendoit d'elle, et il est vrai que souvent je lui laisse assez de pouvoir sur moi. Vous vous êtes, ditelle, révolté avec dédain contre la proposition.
LE CHEVALl ER.
Avec dédain ? Voilà ce qu'on appelle du fabuleux , de l'impossible.
LA MARQUISE
Doucement, voici ma question : Avez-vous rejeté l'offre de Lisette, comme piqué de l'amour du comte, ou comme une chose qu'on rebute? Étoit-ce dépit jaloux? car enfin, malgré nos con-
ventions , votre cœur auroit pu être tenté du mien ; ou bien étoit-ce vrai dédain?
LE CHEVALIER
Commençons par rayer ce dernier, il est incroyable. Pour de la jalousie...
LA MARQUISE
Parlez hardiment.
LE CHEVALIER, d'un air embarrassé.
Que diriez-vous, si je m'avisois d'en avoir?
LA MARQxnSE.
Je dirois... que vous seriez jaloux.
Oui; mais, madame, me pardonneriez- vous ce que vous haïssez tant?
LA MARQUISE
Vous ne l'étiez donc point? (Elle le regarde.) Je vous entends, je l'avois bien prévu, et mon injure est avérée.
LE CHEVALIER
Que parlez-vous d'injure? où est-elle? Est-ce que vous êtes fâchée contre moi?
LA MARQUISE
Contre vous, chevaher? Non, certes. Et pourquoi me fâcherois-je ? Vous ne m'entendez point, c'est à l'impertinente Lisette que j'en veux ; je n'ai point de part à l'offre qu'elle vous a faite ; et il a fallu vous l'apprendre, et voilà jtout: d'ail-