ACTE II, SCÈNE X
KLA MARQUISE.
e voudrois de tout mon cœur pouvoir vous calmer l'esprit.
( Elle part lentement. )
LE chev kLiF.R^ pendant quelle marche.
Ah! je m'attendois à plus de repos quand j'ai rompu mon voyage ; je ne ferai plus de projets, je vois bien que je rebute tout le monde. LA MARQUISE, s' arrêtant au milieu du théâtre.
Ce que je lui entends dire là me touche; il ne seroit pas généreux de le quitter dans cet état-là. (elle revient.) Non , chevalier, vous ne me rebutez point ; ne cédez point à votre douleur : tantôt vous partagiez mes chagrins, vous étiez sensible à la part que je prenois aux vôtres; pourquoi n'êtes vous plus de même ? C'est cela qui me rebuteroit, par exemple; car la véritable amitié veut qu'on fasse quelque chose pour elle , elle veut consoler.
LE CHEVALIER
Aussi auroit-elle bien du pouvoir sur moi: si je la trouvois, personne au monde n'y seroit plus sensible ; j'ai le cœur fait pour elle. Mais où estelle? Je m'imaginois l'avoir trouvée; me voilà détrompé, et ce n'est pas sans qu'il en coûte à mon cœur.
ai LA SURPRISE DE L'AMOUR.
LA MARQ UISE.
Peut-on faire de reproche plus injuste que celui que vous niefaites?De quoi vous plaignez-vous? voyons ; d'une chose^que vous avez avez rendue nécessaire. Une étourdie vient vous proposer ma main ; vous y avez de la répugnance, à la bonne heure ; ce n'est point là ce qui me choque : un homme qui a aimé Angélique peut trouver les autres femmes bien inférieures; elle a du vous rendre les yeux très difKciles. Et, d'ailleurs, tout ce qu'on appelle vanité là-dessus, je n'en suis plus.
LE GHEV \ '1ER.
Ah! madame, je regrette Angélique; mais vous m'en auriez consolé, si vous aviez voulu.
LA MARQUISE
Je n'en ai point de preuves ; car cette répugnance, dont je ne me plains point, falloil-il la mar(juer ouvertement? Représentez -vous cette action-là de sang froid ; vous étesgalant homme ; jugez-vous: où est l'amitié dont vous parlez? car encore une fois, ce n'est pas «le l'amour que je veux," vous le savez bien ; mais Tamitié n'a-t-elle pas ses sentiments, ses délicatesses? L'amour est bien tendre, chevalier; eh bien! croyez qu'elle ménage encore avec plus de scrupule que lui les intérêts de ceux qu'elle unit ensemble. Voilà le portrait que je m'en suis toujours fait,voilà comme