‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 6 sur 319 · ACTE I, SCÈNE I. ii · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. ii

Je VOUS prie, Lisette, point de plaisanterie: vous me divertissez quelquefois, mais je ne suis pas à présent en situation de vous écouter.

LISETTE

Ah çà ! madame , sérieusement , je vous trouve le meilleur visage du monde. Voyez ce que c'est ! quand vous aimiez la vie, peut-être que vous n'étiez pas si belle ; la peine de vivre vous donne un air plus vif et plus mutin dans les yeux, et je vous conseille de batailler toujours contre la vie; cela vous réussit on ne peut pas mieux.

LA MARQUISE

Que vous êtes folle ! Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.

LISETTE

N'auriez -vous pas dormi en rêvant que vous ne dormiez point? car vous avez le teint bien reposé. Mais vous êtes un peu trop négligée, et je suis d'avis de vous arranger un peu la tête. Labrie , qu'on apporte ici la toilette de madame.

LA MARQUISE

Qu'est-ce que tu vas faire? Je n'en veux point.

LISETTE

Vous n'en voulez point ; vous refusez le miroir, un miroir, madame ! Savez-vous bien que vous me

faites peur? cela seroit sérieux pour le coup , et nous allons voir cela. Il ne sera pas dit que vous serez charmante impunément; il faut que vous le voyiez, et que cela vous console, et qu'il vous plaise de vivre. (On apporte la toilette. Elle prend un siège.) Allons, madame, mettez-vous là , que je vous ajuste. Tenez, le savant que vous avez pris chez vous ne vous lira point de livre si consolant que ce que vous allez voir.

LA MARQUISE

Oh ! tu m'ennuies : qu'ai-je besoin d'être mieux que je suis ? Je ne veux voir personne.

LISETTE

De grâce ! un petit coup d'œil sur la glace, un seul petit coup d'œil, quand vous ne le donneriez que de côté; tâtez-en seulement.

. bA MARQUISE,

Si tu voulois bien me laisser en repos?

LISETTE

Quoi ! votre amour-propre ne dit plus mot, et vous n'êtes pas à l'extrémité? cela n'est pas naturel, et vous trichez. Faut-il vous parler franchement? je vous disois que vous étiez plus belle qu'à l'ordinaire; mais la vérité est que vous êtes très changée, et je voulois vous attendrir un peu pour un visage que vous abandonnez bien durement.

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