LE CHEVALIER, LA MARQUISE
LE CHEVALiER,prenc/ de longs détours.
Je viens prendre congé de vous. Et vous dire adieu, madame.
LA MARQUISE
Vous , monsieur le chevalier ? et où allez-vous donc?
LE CHEVALIER
Où j'allois quand vous m'avez arrêté.
LA MARQUÏSE.
Mon dessein n'étoit pas de vous arrêter pour si peu de temps.
Ni le mien de vous quitter sitôt assurément.
LA MARQUISE
Pourquoi donc me quittez-vous ?
LE CHEVALIER
Pourquoi je vous quitte? Eh! marquise, que
lO.
ii4 LA SURPRISE DE L'AMOUR.
vous importe de me perdre, dès cjue vous épousez
le comte?
LA MARQUISE
Tenez, chevalier, vous verrez qu'il y a encore du malentendu dans cette querelle-là : ne précipitez rien : je ne veux point que vous partiez ; j'aime mieux avoir tort.
LE cilEVAHER.
Non, marquise: c'en est fait; il ne m'est plus possible de rester ; mon cœur ne seroit plus content du vôtre.
LA MARQUISE, ayec t/ou/eur.
Je crois que vous vous trompez.
LE CHEVALIER
Si vous saviez combien je vous dis vrai, combien nos sentiments sont différents !
Pourquoi différents? Il faudroit donner un peu plus d'étendue à ce que vous dites là, chevalier; je ne vous entends pas bien.
LE CHEVALIER
Ce n'est qu'un seul mot qui m'arrête.
LA MARQUISE, ai)ec un peu d'embarras.
Je ne puis deviner, si vous ne me le dites.
LE CHEVALIER
Tantôt je m'étois expliqué dans un billet que je vous avois écrit.