SCÈNE VI. i4i
vous avez quelquefois le ton dur et revêche, Lisette ; il valoit mieux le laisser dire.
LISETTE
Point du tout: il vouloit que je vous parlasse en sa faveur.
LA COMTES8E
Ce pauvre homme !
LISETTE
Et je lui ai répondu que je nepouvoispasm'en mêler; queje me brouillerois avec vous, si je vous en parlois; que vous me donneriez mon congés que vous lui donneriez le sien.
LA COMTESSE
Le sien ? Quelle grossièreté ! Ah ! que c'est mal parler! Son congé! Et même est-ce que je vous aurois donné le vôtre ? vous savez bien que non. D'où vient mentir, Lisette ? C'est un ennemi que vous m'allez faire d'un deshommes du monde que je considère le plus, et qui le mérite le mieux. Quel sot langage de domestique ! Eh ! il étoit si simple de vous en tenir à lui dire : Monsieur, je ne saurois ; ce ne sont pas là mes affaires ; parlezen vous-même. Et je voudrois qu'il osât m'en parler, pour raccommoder un peu votre malhonnêteté. Son congé ! Il va se croire insulté.
Eh î non , madame : il étoit impossible de vous
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en débarrasser à moins de frais. Faut-il que vous l'aimiez, de peur de le fâcher? Voulez- vous être sa femme par politesse , lui qui doit épouser Hortense? Je ne lui ai rien dit de trop; et vous en voilà quitte. Mais je l'aperçois qui vient en rêvant. Evitez-le , vous avez le temps.
LA COMTESSE
L'éviter? lui, qui me voit? Ah ! je m'en garderai bien. Après les discours que vous lui avez tenus, il croiroit que je les ai dictés. Non, non , je ne changerai rien à ma façon de vivre avec lui. Allez porter ma lettre.
LISETTE, h part.
Hum ! il y a quelque chose. ( haut. ) Madame , je suis d'avis de rester auprès de vous ; cela m'arrive souvent, et vous en serez plus à l'abri d'une déclaration.
LA COMTESSE
Belle finesse! Quand je lui échapperois aujourd'hui, ne me trouvera- 1- il pas demain? 11 faudroit donc vous avoir toujours à mes côtés ? Non, non; partez. S'il me parle, je sais répondre.
LISETTE, (ipart.
Ma foi ! cette femme-là ne va pas droit avec moi.
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