ACTE II, SCENE III
Quoi ! voulez-vous sitôt que je devienne esclave?
Mme A R G A N T.
Un mari ne l'est pas. Auriez-vons sur ce point Un peu d'aversion?
LE MARQUIS
Moi , madame ? eh ! qu'importe?
Quand mon aversion seroit cent Fois plus forte, Croyez que de ma part, en cela comme en tout. Le sacrifice est prêt : ce n'est pas une affaire.
Le désir de vous satisfaire Me tiendra toujours lieu de penchant et de goût. Mais mon père'
Mme A R G A \ T.
Ahl je sais comment il faut s'y prendre Je prévois ses refus; mais ils ne tiendront pas. Nous disputons beaucoup. Après bien des débats Votre pèie s'apaise, et finit par se rendre. Par exemjile, il avoit fortement décidé Que vous seriez de robe.
LE MARQPIS.
Ah ciel!
.Mme A R G A N T.
Il a cédé
N'en a-t-il pas été de même Pour le déterminer à vous faire un état?
Au sujet de ce marquisat
Sa répugnance etoit extrême;
Il ne vouloit pas s'y prêter :
Mais vous le desiriez, c'est sur quoi je vdi fonde; Aussi l'ai-je forcé de l'aller acheter.
•i43 L'ÉCOLE DES MÈRES.
LE MARQCIS.
Ne faut-il pas avoir un titre dans le monde? Mais celui de marquis roe flatte infiniment;
Je vous l'avoue ingénument.
Si vous n'aviez pas eu la bouté de contraindre Mon père à cet achat, j'eusse été très à plaindre.
Mme ARGA.NT.
Cette acquisition l'a long-temps retenu.
LE MAROUIS.
Il est vrai ; c'est ce qui m'étonne.
Mn>e ARGANT.
Il arrive aujourd'hui; l'avis m'en est venu
LE MARQUIS
Je crois qu'à son retour la scène sera bonne. Il ne sera pas mal surpris De l'état que nous avons pris Pendant le cours de son absence.
Il ne pourra pas voir, sans jeter les hauts cris.
Ces enibt^Uissements et ces meubles de pri.\.
Il n'a jamais donné dans la magnificence.
Ce nombre de valets, et ce suisse sur-tout, !Se seront pas trop de son goût.