J II LI ETTE
Ah! diantre, vous voilà tout-à-fait surprenante. Ce beau chef-d'œuvre vient de notre gouvernante : ' Depuis six ou sept mois qu'elle a trouvé moyen |
De s'impatroniser, je n'y commis plus rien. La baronne elle-même en a Fait son amie, Et ne fait que vanter sa rare prud'homniie. Nous étions vous et moi bien mieux auparavant.
ANGÉLIQUE
Je voudrois l'avoir eue en sortant du couvent : Oui, Juliette, ce sont quatre ans (pie je regrette.
J U LI ETTE
Oui, votre tante a fait une fort belle emplette!... Cette femme n'entend qu'à donner des vapeurs. Mais parlons de Sainville : espérez que vos cœurs^ Seront bienlôt remis en bonne intelligence. Je sais que de sa part un peu de négligence...
ANGÉLIQUE
Tu nommes négligence un total abandon?
L'excuse n'a plus lieu, non plus que le pardon.
Si Sainville a quitté sa retraite profonde
Pour aller se fourrer dans le tracas du inonde.
336 LA GOUVERNANTE
C'est malgré lui. Pour moi, j'ai tout lieu de douter
Qu'il puisse eucor lonj-temps s'y plaire et le goîiter.
Il n'a tait q^i'obéir, et par force, à son père;
Son esprit, son humeur, son goût, son caractère.
Feront qu'il y sera tout-à-fait étranger :
H est trop philosophe.
ANGÉLIQUE
Ils l'auront fait changer.
JULIETTE
Non, il est trop bien né; c'est sur quoi je me fond?. Quel triomphe pour vous, quand dégoûté du monde.
ANGÉLIQUE
Qu'il y reste et s'y fasse un destin éclatant : Quant à moi, je médite un projet important.
JULIETTE
Vous voultz tout-à-fait renoncer à Sainville?
ANGÉLIQUE
Je voudrois être encore à mon premier asile.
Eh! pourquoi faire? .\u lieu de bénir chaque jour La main qui vous a fait sorîir de ce séjour, Où les infortunés de qui vous êtes née. Dès vos pius jeunes ans vous ont abandonnée, Vous songez à rentrer dans le sein de l'ennui?
ANGÉLIQUE
Le monde n'a plus rien qui me plaise
J ULl ETTE.
Aujourd'hui; Mais den)ain il pourra vous plaire davantage. Le dépit prend toujours le parti le moins sage :